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Le Centre Ubuntu pour la Réconciliation entre les Jeunes Burundais

Avant de penser à la réconciliation des gens en conflit, il faut d’abord connaître leur vie quotidienne. Dans ce chapitre, nous exposons la question de la jeunesse burundaise, puis nous présentons les projets de développement initiés pour et avec les jeunes par le Centre Ubuntu, en collaboration avec l’Unicef, dans les communautés de Buhiga (Karuzi), Gatara (Kayanza), Nyanza-Lac (Makamba), Mubanga (Ruhororo-Ngozi), Bugendana (Gitega), Kayogoro (Makamba), Kibago (Makamba) et Giharo (Rutana).

II.1. Question de la jeunesse au Burundi

Aujourd’hui le Burundi compte plus de dix millions d’habitants dont 60% sont des jeunes.[1]Cette jeunesse a été victime des crises sociopolitiques qu’a traversées le Burundi. Elle a été particulièrement affectée par la crise éclatée en 1993 avec l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier président burundais démocratiquement élu. La guerre civile qui a suivi cet assassinat a beaucoup impliqué les jeunes qui ont été enrôlés dans des mouvements de rebelles ou de milices de certains partis politiques.

Beaucoup de familles se sont retrouvées en exil ou dans des sites de déplacés. D’après l’étude de Jimmy Bankamwabo dans le contexte du Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté(CSLP II) sur la thématique « jeunesse et emploi », « environ 1,2 million de réfugiés et personnes déplacées à l’intérieur du pays ont dû quitter totalement ou partiellement leur milieu de vie et de production»[2], d’où la chute brutale du produit intérieur brut et le taux croissant de la pauvreté.

Le rapport du gouvernement burundais en partenariat avec les Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (O.M.D) a montré qu’entre 1990 et 2001 le taux de pauvreté a augmenté de 33% à 67%.[3]

Dans les villes ce taux est passé de 40.9% en 1993 à 66.0% en 2000, et dans les milieux ruraux il est passé de 39.6% à 68.7%.[4]L’espérance de vie quant à elle a baissé de 51 ans à 48 ans.[5]L’Enquête Démographique et de Santé effectuée par le Gouvernement du Burundi en 2010 montre que depuis 2001 la croissance économique a repris timi-dement. En 2010, la croissance était de 4%.[6]Toutefois, le pays reste fortement dépendant du financement extérieur qui, en 2010, représentait 24% du PIB.[7]Beaucoup de Burundais vivent toujours en dessous du seuil de la pauvreté (67% en 2006), tandis que « les problèmes d’accès au financement et à l’approvisionnement en énergie électrique freinent le développement des entreprises »[8]et que « les difficultés inhérentes au transport handicapent les échanges commerciaux».[9]Le président Buyoya écrivait dans Mission Possibleque la violence n’a pas épargné les infrastructures économiques ; il y a eu la destruction des ponts, des routes et des champs de café. L’agriculture a été terriblement affectée. Les terres que les cultivateurs avaient abandonnées à cause de la violence n’étaient plus cultivables.[10]Même celles qui sont aujourd’hui cultivables, elles sont devenues de plus en plus exigües à cause de la démographie galopante et la mauvaise gestion des terres arables.

D’après les études de l’Institut de Statistiques et d’Etudes Economiques du Burundi(ISTEEBU) (2010), aujourd’hui les terres arables occupent 72.66% avec 90% de population agricole d’où l’exiguïté des parcelles agricoles.[11]Des jeunes non scolarisés qui pourraient voir l’horizon de leur avenir s’ouvrir par le secteur agricole sont découragés parce qu’ils ne trouvent pas assez d’espaces pour réaliser leurs rêves. Certains jeunes des milieux ruraux préfèrent faire un exode rural en espérant trouver un emploi dans les entreprises de la capitale. Le défi actuel est que certaines entreprises qui utilisaient beaucoup d’employeurs ont fait faillite (cf. Office National Pharmaceutique, Verrerie du Burundi…). Même celles qui sont encore fonctionnelles n’utilisent que 2%de la population active et sont concentrées à Bujumbura.[12]Certains jeunes préfèrent alors être engagés comme des domestiques ou faire du « taxi-vélo » avec des revenus mensuels modiques.

Pour essayer de remédier au problème d’emploi chez les jeunes, le Gouvernement du Burundi a mis en place en mai 2010 une Agence Burundaise pour l’Emploi des Jeunes (ABEJ). CetteAgence a pour missions de:

  • « Participer à la mise à jour des données relatives au marché du travail ;
  • Participer à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique de l’emploi visant la promotion du premier emploi des jeunes ;
  • Intervenir sur le marché du travail en vue de favoriser la promotion de l’emploi des jeunes en les assistant à la recherche de l’emploi par une formation et un counseling professionnel ;
  • Aider les jeunes diplômés à acquérir des expériences professionnelles pratiques en plaidant pour eux auprès des entreprises privées, publiques et para-publiques ainsi qu’auprès des organisations internationales surtout en ce qui concerne les stages de premier emploi ;
  • Travailler en collaboration avec les autres Ministères pour octroyer des formations complémentaires aux jeunes lauréats des Universités et écoles techniques en informatique, en entreprenariat, en anglais, en administration, etc. ;
  • Organiser des foras et ateliers pour sensibiliser les parties prenantes sur la problématique du chômage des jeunes et autres problèmes corollaires. »[13]

Malgré cette bonne initiative du Gouvernement, la majorité de jeunes burundais souffre de plus en plus du manque d’emploi. Des centaines de jeunes grouillent dans les milieux urbains en quête d’emplois. Des diplômés d’université, des jeunes sans instruction, tous se côtoient dans les ruelles du pays en quête d’emploi. D’après les enquêtes de Bankamwabo, les jeunes, qui représentent 60% de la population burundaise, sont les plus frappés par le chômage ; trois chômeurs sur cinq sont des jeunes.[14]

Certaines raisons peuvent expliquer le chômage et le sous-emploi chez les jeunes :[15]

  • Il y a un décalage entre la démographie et le développement économique ;
  • Il y a inadéquation entre le profil des sortants des formations et les besoins réels des entreprises ;
  • Les jeunes souffrent d’une faible culture entre-preneuriale ;
  • Les jeunes n’accèdent pas facilement au crédit.

II.2.   Projets de développement initiés par le Centre Ubuntu pour les jeunes

Pour aider les jeunes à faire face à ce problème du manque d’emploi et essayer de réconcilier les jeunes en conflits, le Centre Ubuntu, appuyé par l’Unicef, a initié des projets de développement dans huit communes où les tensions entre les jeunes étaient les plus accentuées : Buhiga (Karuzi), Gatara (Kayanza), Nyanza-Lac (Makamba), Mubanga (Ruhororo-Ngozi), Bugendana (Gitega), Kayogoro (Makamba), Kibago (Makamba) et Giharo (Rutana). Il a aussi fait le suivi dans trois projets déjà initiés : Itaba (Gitega), Ruhororo (Ngozi) et Rumonge (Bururi).

II.2.1.  Commune Kayogoro

La commune Kayogoro s’étend sur une superficie de 460 km2. Elle est située dans les régions naturelles de Buragane (une grande partie) et Moso. La commune s’inscrit dans le bassin versant Est de la crête Congo-Nil. Le climat est doux à Buragane et chaud à Moso. Le relief est fait de bas plateaux et des plaines qui se prolongent jusqu’au Nord-Ouest de la Tanzanie. Géographiquement, la commune Kayogoro est limitée au Nord par les communes Bukemba et Gitanga, au Sud par la commune Kibago, à l’Est par la Tanzanie et à l’Ouest par la commune Makamba. Elle est subdivisée en cinq zones (Bigina, Dunga, Gatabo, Kayogoro et Mugeni) et 31 collines.

 

Photo : Collines de la commune Kayogoro

En 2012 la commune Kayogoro comptait 216740 habitants (44.8% hommes, 55.2%femmes) répartis en 31202 ménages avec une densité de 471.17hab/km2. La zone Bigina est la plus peuplée avec 69647 habitants répartis en 8831 ménages.

 

Photo : Locaux de la commune Kayogoro

  • Education

Au cours de l’année scolaire 2011-2012 la commune comptait 59 écoles primaires avec 26293 écoliers dont 50.8% de filles. Au cours de l’année scolaire 2012-2013 elle comptait 14 écoles secondaires avec 4475 élèves. Les défis qui s’observent dans ce secteur sont notamment les effectifs élevés dans les classes,[16]les abandons scolaires,[17]et l’insuffisance des salles de classes. Les causes des abandons scolaires sont notamment les grossesses pré-maritales et le départ à l’étranger pour chercher du travail.

  • Santé

La commune Kayogoro compte 12 centres de santé publics et privés. Toutefois la population trouve que ces infrastructures restent insuffisantes vu les besoins de toute la commune. En plus de cela, il y a l’insuffisance des équipements adéquats et la carence du personnel soignant.Il faut aussi souligner la pauvreté dans les ménages qui fait que beaucoup de gens n’ont pas assez de moyens financiers pour avoir accès aux soins et aux médicaments.

  • Agriculture et élevage

La population de Kayogoro vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Les plantes cultivées sont la banane, le haricot, le manioc, la patate douce, le maïs, les arachides, le sorgho, le riz et le soja. Les cultures industrielles comprennent le café, la canne à sucre et le palmier à huile. La population s’adonne aussi aux cultures maraîchères et à la plantation des arbres fruitiers dans les ménages.L’élevage est de type traditionnel. Il comprend des bovins, des caprins, des ovins et la volaille.

Les défis soulevés dans ce secteur sont notamment l’indisponibilité des intrants agricoles et d’élevage, la dégradation du sol, la prolifération des maladies comme la mosaïque, le flétrissement bactérien, la peste porcine, la fièvre aphteuse, la verminose… Il y a aussi l’insuffisance du personnel qualifié et outillé pour l’encadrement dans l’agro-élevage. Il y a enfin l’absence des structures de micro-finance pour accéder facilement au crédit (les institutions financières existantes octroient difficilement des crédits aux agri-éleveurs par manque de garantie à présenter).

  • Commerce

La commune étant frontalière avec la Tanzanie, il y a de fortes relations commerciales entre les Tanzaniens et la population de Kayogoro. Une grande partie des produits manufacturés provenant de la Tanzanie est écoulée à Kayogoro avant qu’une autre partie transite vers Makamba, Rutana… La commune est dotée d’un marché moderne et 7 marchés secondaires et quelques centres de négoce. Les routes qui facilitent les échanges commerciaux sont relativement bonnes.

  • Population vulnérable

Au moment de notre enquête (Juillet-Septembre 2014), les zones Bigina et Gatabo frontalières de la Tanzanie comptaient beaucoup plus de rapatriés (78.1%). La zone Bigina hébergeait 44.5% des handicapés, 30% des veufs et veuves, 52% d’orphelins et enfants vulnérables et 51% de vieilles personnes. En décembre 2012 la commune Kayogoro comptait 3445 personnes rapatriées, 366 démobilisés, 2700 veufs et veuves, 819 orphelins et enfants vulnérables et 337 handicapés.

  • Quid de la jeunesse

Photo : Certains jeunes de Nyantakara (Kayogoro) encadrés par le Centre Ubuntu

La jeunesse constitue 66% de la commune Kayogoro. L’encadrement de ces jeunes est fait aux différentes écoles (pour ceux qui étudient), et par l’ONG Cordaid notamment pour l’apprentissage des métiers et le regroupement en associations. Toutefois, la jeunesse exige pour son épanouissement et son équilibre une prise en charge par le Gouvernement et autres éventuels intervenants, des infrastructures sportives et culturelles et des projets générateurs des revenus.

Pour cela, ils proposent la construction, la réhabilitation et l’équipement des « centres amis des jeunes » de Gatabo, Dunga, Mugeni, Nyantakara, Gatwe et Kayogoro. Ils proposent aussi d’assurer la formation continue des encadreurs des jeunes et des jeunes eux-mêmes dans le domaine sportif et culturel. Pour ceux qui ne fréquentent pas l’école la promotion des associations mixtes génératrices de revenus est nécessaire.

  • Sur la colline Nyantakara

A Nyantakara où le Centre Ubuntu travaille avec 60 jeunes, la jeunesse est composée d’ex-enfants soldats, de rapatriés, de résidents, de Batwaet d’orphelins. Ces jeunes sont majoritairement affiliés aux partis politiques et cela affecte leur comportement. Bien qu’elles ne soient pas accentuées, il y a parfois des disputes entre les jeunes qui ne partagent pas les mêmes opinions politiques. Il y a aussi des mésententes entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents. Les conflits fonciers qui opposent leurs familles ne les laissent pas indifférents.

Dans le domaine scolaire, Nyantakara souffre d’un taux assez élevé d’abandon scolaire dont les principaux motifs sont le commerce, le mariage précoce, les grossesses pré-maritales, l’exil à l’étranger surtout en Tanzanie pour la recherche d’emploi, le manque de culture à l’éducation scolaire et l’inadéquation entre le système éducatif tanzanien et le système éducatif burundais.

La colline Nyantakara n’a pas d’associations propres aux jeunes. L’occupation quotidienne des jeunes c’est le commerce, la cordonnerie, diverses réparations, la soudure, la menuiserie et l’agriculture. Le rêve des jeunes c’est de suivre l’enseignement des métiers et avoir de l’emploi.

  • Intervention du Centre Ubuntu

Le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef a initié pour les jeunes de Nyantakara des activités qui pourront contribuer à la consolidation des acquis de la paix et prévenir d’éventuelles tensions entre les jeunes. Par les animations psychosociales et une série de formations, le Centre Ubuntu a pu identifier les problèmes psychosociaux qui ruinent les jeunes de Nyantakara et a encouragé certaines initiatives de développement.

Certains problèmes identifiés chez les jeunes à Nyantakara sont les suivants :

  • une certaine méfiance entre les jeunes résidents et les jeunes rapatriés,
  • des disputes entre les jeunes des différents partis politiques,
  • des adultes qui entrainent les jeunes dans des conflits politiques,
  • le chômageetla pauvreté,
  • le vol,
  • les ligalas (des rencontres informelles des jeunes paresseux sur des places publiques parlant de tout et de rien),
  • le vagabondage sexuel.

Le problème principal évoqué se porte sur les conflits entre les jeunes des partis politiques. Les causes de ces conflits sont notamment l’intolérance politique, le manque de collaboration, les intérêts individuels, l’obéissance aveugle aux parents ou aux dirigeants des partis politiques et le manque d’esprit patriotique.Autour de ces conflits se bâtit un climat de suspicion, deméfiance, d’insociabilitéetde discordes dans la communauté.

Après l’animation psychosociale basée sur le théâtre narratif, les jeunes ciblés de Nyantakara ont constaté qu’il y a dans leur communauté des forces suffisantes capables d’aider à la prévention des conflits. La présence des élus locaux, celle des adultes sages pouvant donner des conseils aux jeunes, et celle des membres de l’association HUMURIZA sont des atouts qui pourraient aider les jeunes à se réconcilier.

Ces jeunes ont aussi pris conscience qu’ils ont besoin de se mettre ensemble pour éradiquer les antivaleurs liées à la haine et à la divergence d’opinion. Ils ont aussi appris à se respecter mutuellement même quand il y a des points de désaccord et profiter de l’appartenance aux partis politiques pour contribuer au développement de la communauté locale.

L’animation psychosociale a été suivie par une formation de 15 jeunes parmi les 60. Cette formation se base sur les valeurs d’Ubuntu, la gestion des traumatismes, la résolution pacifique des conflits, le leadership et la gouvernance participative ainsi que l’autonomisation. Après la formation, les 15 jeunes ont été envoyés enseigner 45 jeunes à leur tour sur les mêmes sujets et penser ensemble un projet de développement. Le Centre Ubuntu veille à ce que le groupe de ces jeunes soit inclusif selon les différents groupes sociaux des jeunes se trouvant à Nyantakara.

Les 60 jeunes ont enfin créé une association qui les aidera à travailler ensemble pour une bonne consolidation de la paix. Le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef s’est engagé à  soutenir financièrement les initiatives de la nouvelle association. Une somme de 1.700.000 a été donnée à l’association pour l’élevage des chèvres.Par cet élevage les jeunes sont invités à créer une chaîne de solidarité qui consiste à agrandir le cercle des bénéficiaires selon la multiplication du bétail.

II.2.2. Commune Kibago

La commune Kibago est géographiquement limitée au Nord par les communes Makamba et Kayogoro, au Sud par la Tanzanie, à l’Est par la Tanzanie et la commune Kayogoro, à l’Ouest par la commune Makamba. Elle est située à 29 km du chef-lieu de la province Makamba.[18]

La commune Kibago se trouve dans deux régions naturelles (Buragane et Moso) et a une superficie de 281, 58 km2. En 2013 la population était estimée à 48296 habitants répartis en trois zones (Bukeye, Kibago, Kiyange)[19]et en treize collines.

Image :Collines de la commune Kibago

  • Activités agro-pastorales

La population de Kibago s’occupe essentiellement de l’agriculture. Plus de 95% sont agriculteurs. Cette agriculture est traditionnelle avec essentiellement des cultures vivrières (manioc, bananes, haricot, patate douce, pommes de terre, maïs, arachide, petit pois, colocase, riz). L’exploitation du café comme culture industrielle n’est pas développée. Il faut aussi souligner les cultures maraîchères comme les tomates, les choux, les oignons et les aubergines.

Les contraintes rencontrées dans le domaine agricole sont notamment la faible disponibilité des intrants (semences et engrais), manque de boutures de manioc résistant à la maladie mosaïque, menaces sur le colocase et les bananes, exiguïtés des terres suite à la forte pression démographique, vente frauduleuse de la production dans les pays voisins, manque de moyens pour entretenir les techniciens agricoles…

Dans le domaine pastoral, la population de Kibago pratique l’élevage des bovins, des caprins, des porcins et de la volaille. Les éleveurs déplorent néanmoins la qualité de la santé et de l’alimentation du bétail. En plus, la commune manque d’eau pour assurer la bonne hygiène des animaux et ne dispose pas d’infrastructures zoo-sanitaires. Il faut aussi souligner que le personnel qui s’occupe de l’encadrement animal est insuffisant.

  • Santé et éducation

La commune Kibago dispose de 5 centres de santé (Bukeye, Kivoga, Kiyange, Nyarubanga et Jimbi). Pendant la saison des pluies et les périodes des durs travaux champêtres on assiste à une éclosion des maladies. Il faut cependant souligner que les mauvaises conditions d’hygiène, l’approvisionnement insuffisant en eau potable et le manque d’éducation sanitaire sont aussi parmi les causes de certaines maladies.

Les maladies les plus fréquentes sont le paludisme, les infections respiratoires aigües, les maladies diarrhéiques et les parasites intestinaux.

Dans le domaine de l’éducation, au cours de l’année scolaire 2013/2014,la commune compte 45 écoles primaires avec 13448 écoliers (6748 filles et 6700 garçons)[20], 13 écoles secondaires avec 2346 élèves (1029 filles et1317 garçons).Ce domaine souffre de l’insuffisance d’enseignants, de la faible qualification d’enseignants, de la dévalorisation de la carrière enseignante et du manque de bibliothèque. Il faut aussi noter les abandons scolaires qui s’élèvent à 470 (203 filles, 267 garçons) au niveau primaire et à 160 (103 garçons, 57 filles) au niveau secondaire. Les causes de ces abandons sont essentiellement la pauvreté, les grossesses pré-maritales, le désintéressement, le commerce, les maladies et les « mariages » précoces.

  • Contraintes au développement de la commune

Photo : Locaux de la Commune  Kibago

Les principales contraintes qui font obstacle au développement sont le manque d’eau potable, le manque d’électricité dans toute la commune, l’insuffisance des centres de santé et leurs équipements, mauvais état de certaines infrastructures scolaires, la faible production agricole, la dégradation environnementale, l’effectif élevé des vulnérables, le manque de connaissance sur la bonne gouvernance, le faible accès au crédit, le mauvais état des routes et pistes d’accès et le manque de marché moderne.

  • Facteurs qui pourraient contribuer à la déstabilisation de la paix

Certaines situations sont une menace à la consolidation de la paix. Ici nous pouvons parler du chômage, la corruption, les injustices diverses, la méconnaissance de la loi par la population, les questions foncières, la famine, le désespoir et les vols.

  • Quid de la jeunesse

Photo : Les jeunes de Kibago encadrés par le Centre Ubuntu

En décembre 2014, la commune Kibago comptait environ 34296 jeunes (16930 garçons et 17366 filles) sur une population de 51820 habitants.[21]La jeunesse de la commune Kibago est composée par différents groupes sociaux. Nous citons notamment les jeunes affiliés aux partis politiques, les jeunes rapatriés, les jeunes résidents, les jeunes non scolarisés, les jeunes chômeurs, les orphelins, les jeunes handicapés, les jeunes vulnérables vivant dans le village de paix de Nyakazi et les filles mères.

Comme dans plusieurs régions du pays, la guerre a laissé des séquelles chez beaucoup de gens de la commune kibago. Les rapatriés qui sont rentrés de la Tanzanie présentent toujours des séquelles psychologiques quant aux conditions de vie vécues en exil.

  • Intervention du Centre Ubuntu

Appuyé par l’Unicef, le Centre Ubuntu s’est engagé à mettre ensemble 60 jeunes de la commune Kibago issus des différents groupes sociaux. L’objectif principal du Centre Ubuntu est d’essayer de rassembler les jeunes autour des initiatives communes de développement basées sur les valeurs d’Ubuntu. La méthodologie utilisée pour arriver à cet objectif c’est notamment les animations psychosociales et les formations.

Avec l’animation psychosociale,ces jeunes ont identifié les problèmes qui menacent la jeunesse de Kibago. Ils ont cité entre autres la pauvreté, la suspicion due aux divergences d’opinions politiques, les abandons scolaires, les conflits ethniques, le VIH/Sida, les conflits fonciers (les jeunes s’affrontent), la prise de drogue et l’alcoolisme.

Le principal défi néanmoins évoqué par les jeunes est basé sur les conflits fonciers. La Commission Nationale Terre et autres Biens (CNTB) avec les autorités administratives à la base sont mobilisées pour proposer des solutions à ces conflits. Mais les résidents ont de moins en moins confiance en elles parce qu’ils les accusent de favoriser les rapatriés. Cette situation est très délicate et très difficile à gérer parce qu’elle touche le patrimoine vital des habitants de Kibago. Les jeunes, entraînés par leurs parents, se retrouvent impliqués dans ces conflits; d’où les jeunes résidents et les jeunes rapatriés se regardent en chiens de faïence. Cette situation peut avoir comme conséquences fâcheusesles tueries, la haine, les vols, la mauvaise cohabitation, la pauvreté chez les familles victimes, l’insécurité, la dépression et l’emprisonnement.

Toutefois, les jeunes encadrés par le Centre Ubuntu sont conscients de toutes ces conséquences.Après le théâtre narratif, les jeunes ont proposé qu’il y ait un cadre permanent d’échanges entre les jeunes pour prévenir d’éventuels débordements. Ils trouvent aussi que les formations, les jeux collectifs et les sensibilisations sont nécessaires afin d’enraciner l’esprit de dialogue dans la vérité.L’implication des confessions religieuses et celle du Centre Ubuntuest un atout pour arriver à cette fin.

Photo : Les jeunes de Kibago lors de l’animation psychosociale

Après les animations psychosociales,le Centre Ubuntu s’est engagé à former 15 jeunes sur les valeurs d’Ubuntu, la gestion des traumatismes, la résolution pacifique des conflits, le leadership et la bonne gouvernance et l’autonomisation. Ces jeunes sont allés former à leur tour 45 autres jeunes et ont créé une association Twungurane mu Buntu. Les membres de cette association ont choisi comme projet de développement communautaire l’élevage de chèvres.

Le choix de ce projet a été motivé d’une part par le fait qu’il exige moins d’énergies et de fonds, d’autre part par  son caractère unificateur. En effet, la multiplication de ces chèvres va permettre d’accélérer la chaîne de solidarité qui renforcera à son tour la cohésion sociale et l’esprit d’entraide et de solidarité au sein de la jeunesse.

Photo : L’élevage de chèvres : certains jeunes de Kibago

Le Centre Ubuntuet l’Unicef ont contribué une somme de 1.880.000 BIF pour appuyer ce projet, tandis que la contribution des bénéficiaires s’élève à 450.000 BIF. Le souci du Centre Ubuntu et de l’Unicef dans ce projet est non seulement d’aider les jeunes à améliorer matériellement leurs conditions de vie, mais aussi d’augmenter entre les jeunes en conflits la capacité d’entente mutuelle, les réflexes de confiance mutuelle et l’esprit de dialogue permanent pour éviter d’éventuels débordements. Par ce projet, le Centre Ubuntu et l’Unicef espèrent voir les jeunes rapatriés et les jeunes résidents cohabiter pacifiquement en vivant les valeurs d’ubuntu dans leurs communautés respectives.

 

II.2.3. Commune Nyanza-Lac

                  
La commune Nyanza-Lac est l’une des 6 communes de la province de Makamba. Elle est située à la lisière du Lac Tanganyika. Sa superficie est estimée à 384,98 km² contre 1959,60 km² pour la province Makamba. La commune de Nyanza-Lac représente ainsi 19,65 % de la superficie de toute la province  de Makamba et est de 1,38% de tout le pays.

La commune Nyanza-Lac se trouve entièrement dans la plaine de l’Imbo. Elle est délimitée au Nord par la commune Rumonge, au Sud par la République Unie de Tanzanie, à l’Est par la commune Mabanda, à l’Ouest par le Lac Tanganyika etau Nord-Est par la commune Vugizo.Sur le plan administratif, la commune de Nyanza-Lac est subdivisée en 5 zones et 26 collines.

Photo : Locaux de la commune Nyanza-Lac

  • Agriculture et élevage

La commune Nyanza-Lac est essentiellement caractérisée par les cultures vivrières comme le maïs, le haricot, le manioc, la patate douce, le riz, les arachides et la banane. Les cultures maraîchères (aubergines, amarantes, tomates) ne sont pas développées. Il faut aussi noter que la culture des palmiers à huile occupe beaucoup de gens mais les variétés cultivées sont vieilles et de faible rendement.

L’élevage pratiqué dans la commune Nyanza-Lac est essentiellement celui des bovins, des caprins, des ovins et de la volaille.

Les défis rencontrés dans le domaine d’agriculture et d’élevage sont, notamment, le manque de plantes et semences sélectionnées, le manque de fumure organique et autres intrants agricoles et d’élevage, l’indisponibilité et le coût élevé des engrais et des produits phytosanitaires et vétérinaires , l’insuffisance du personnel qualifié, la faible connaissance des techniques culturales et d’élevage modernes, le manque des unités de transformation des produits agricoles et d’élevage, la manque de moyen pour assurer l’autosuffisance alimentaire.

Toutefois, certaines potentialités sont à signaler pour faire face à ces défis. Nous pouvons noter la fertilité des sols de la plaine  et des marais, l’abondance des ressources en eau pour l’irrigation des cultures, l’existence de beaucoup d’associations de producteurs avec un besoin d’enca-drement, une population très dynamique et laborieuse, l’existence du bétail pour la fertilisation du sol cultivable et l’existence des cultures qui génèrent facilement des revenus pour les ménages.

Il faut noter que la pêche est aussi un secteur très important qui soutient les économies de plusieurs familles de la commune Nyanza-Lac. La pêche est pratiquée dans le lac Tanganyika avec des moyens artisanaux.

  • Commerce

Il existe dans la commune de Nyanza-Lac  deux  grands marchés (marché moderne de Nyanza-Lacet le marché aménagé de Muyange) et  quatre petits marchés  (4 centres de négoce non construits deMvugo, Muguruka, Kabonga et Kazirabageni) et 5 marchés locaux à savoir Mukubano, Nyabigina, Rubindi,Bukeye et Buheka.

Les produits commercialiséssont en grande partie des produits vivriers, les produits d’élevage, les produits manufacturés, les produits de la pêche, les produits forestiers, des légumes et des fruits.

Certains défis sont néanmoins signalés :

  • Infrastructures de commerce en mauvais état,
  • Faible production des cultures vivrières,
  • Mauvais état du réseau routier existant rendant difficile le transport des produits,
  • Pauvreté des ménages qui produisent en grande partie pour la consommation,
  • Difficulté de l’accès au crédit  pour les petits commerçants,
  • Insuffisance de micro-finances pour l’octroi de petits crédits,
  • Manque d’unités de transformation modernes,
  • Insuffisance des marchés modernes.
  • Santé

La commune Nyanza-Lac compte 12 Centres de Santé et un hôpital public. Les pathologies les plus fréquentes enregistrées dans la commune sont les infections respiratoires, la malaria, la diarrhée, les verminoses, les infections à O.R.L., le choléra, la rougeole, la malnutrition pour les enfants et le VIH/SIDA.

Les défis rencontrés dans ce secteur sont notamment l’insuffisance des structures sanitaires, le manque de certains services dans les centres de santé, le manque d’équipement pour certains centres de santé, l’insuffisance du personnel soignant qualifié, la pauvreté de la population qui réduit l’accès aux soins de santé, une faible prise en charge des malades et des personnes vivant avec le VIH/Sida et une faible sensibilisation à la limitation des naissances et au bien-être familiale.

 

Il y a néanmoins certaines potentialités pour parier à ces défis. Nous citons notamment la disponibilité des matériaux locaux de construction pour la mise en place des infrastructures sanitaires (moellon, gravier, sable, etc.), l’existence des parcelles pour la construction et extension des infrastructures sanitaires, l’existence des animateurs de santé et  une population dynamique pour le développement.

  • Education

Pour l’année scolaire 2013-2014 la commune de Nyanza-Lac disposait de 67 écoles primaires publiques et une école primaire privée avec 43547 écoliers (20996 garçons, 22551 filles). La même année scolaire la commune comptait 23 écoles secondaires publiques avec 8494 élèves (5113 garçons, 3461 filles) et 5 écoles privées (442 garçons et 617 filles).[22]Le ratio élèvespar classe étant de 60,7. L’effectif des enseignants se comptait à 179.

Il faut aussi noter qu’en plus des écoles secondaires publiques. La commune de Nyanza-Lac ne dispose que d’un seul centre de métier, à Mugerama avec 3 salles de classe et 98 élèves.

Les principaux défis dans ce secteur sont les suivants:

  • Certaines écoles sont construites en matériaux rudimentaires,
  • Insuffisances des salles de classe et d’infrastructures scolaires pour certaines zones,
  • Surpeuplement dans les salles de classe,
  • Manque de logements pour les enseignants,
  • Manque d’équipement pour certaines écoles,
  • Insuffisance des enseignants,
  • Disparité des écoles selon les zones.
  • Abandons scolaires (1627 au Primaire, 670 au Secondaire) dus essentiellement à la pauvreté, au déménagement, aux maladies, aux grossesses pré-maritales, à l’ignorance, à l’inadéquation des systèmes d’enseignement, à la mort des parents, au divorce ou à la polygamie…

 

  • Quid de la jeunesse

La jeunesse de la communeNyanza-Lac est constituée de jeunes rapatriés, des résidents, des anciens combattants, des jeunes affiliés aux partis politiques, des orphelins… Parmi ces jeunes il y a ceux qui ont abandonné les études, des filles-mères, des jeunes chefs des ménages… La quasi-totalité de cette jeunesse vit dans la misère et dans le chômage. Même le domaine de la pêche qui devait les occuper a été monopolisé par d’autres jeunes qui viennent des autres communes du pays. La cause est que les patrons des équipages halieutiques viennent des autres communes. D’où le grand souci des jeunes est de décrocher un emploi pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins quotidiens et éviter de tomber dans des pièges politiciens et d’autres antivaleurs. La commune prévoit de construire pour les jeunes des centres-jeunes et des centres d’enseignement des métiers.

Il faut cependant noter que les jeunes organisent des jeux collectifs et participent aux différentes réunions organisées par la commune pour la consolidation de la paix.

  • Intervention du Centre Ubuntu

Photo : Certains jeunes de Nyabigina en formation

Dans le but de la consolidation des acquis de la paix, le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef s’est engagé à travailler avec 60 jeunes de la colline Nyabigina dans la zone Kabonga. Ces jeunes partagent les mêmes préoccupations avec les autres jeunes de la commune Ny       anza-Lac.

Toutefois, le Centre Ubuntu a ciblé cette localité parce que c’est une zone frontalière de la Tanzanie où la majorité de la population est faite de rapatriés victimes des crises de 1972 et 1993. Ces rapatriés vivent avec des résidents qui sont minoritaires mais qui occupent une grande partie des terres arables. D’où la majorité de la population est vulnérable. Pour survivre, les rapatriés doivent louer des terres à cultiver. Par conséquent, les jeunes eux-mêmes se trouvent démunis et ne peuvent pas fréquenter l’école par manque de nourriture et de matériel scolaire. Une bonne partie de ces jeunes, déçue par la mauvaise réintégration sociale et la gravité de la pauvreté, se laisse manipuler par les politiciens tandis que les autres fuient vers la Tanzanie et la République Démocratique du Congo.

Dans le souci d’accompagner ces jeunes de Nyabigina sur le chemin de la paix et de la réconciliation, le Centre Ubuntuappuyé par l’Unicef a initié certaines activités rassemblant les jeunes résidents et les rapatriés. L’objectif de ces deux organisations est d’arriver à rassembler ces jeunes autour des initiatives communes en vue de se réconcilier et de consolider la paix.

Avec les animations psychosociales et une série de formations, le Centre Ubuntu a pu identifier les problèmes principaux qui menacent les jeunes de Nyabigina et a initié avec ces jeunes les projets de développement. Les problèmes identifiés sont notamment le vagabondage sexuel et la prostitution dus à la pauvreté et l’effritement des valeurs d’ubuntu, les abandons scolaires dus à la pauvreté et à la discordance des systèmes d’enseignement (Burundi et Tanzanie), l’ivresse qui peut être la conséquence du traumatisme ou de la perte des valeurs, les cas de vols et de viols, les mariages illégaux dus à la pauvreté ou à l’opposition des parents qui ne facilitent pas leurs enfants dans leurs relations d’amour, les ligalaset la consommationdes drogues qui sont essentiellement la conséquence du chômage ou de l’oisiveté, la mésentente entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents et la peur de dévoiler son appartenance politique.

Le problème principal qui a été identifié c’est la discrimination entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents suite aux conflits fonciers qui opposent leurs parents. Les jeunes s’alignent derrière leurs parents dans leurs conflits.

Certaines des conséquences de cette situation sont la méfiance mutuelle, des cas de sorcellerie, un climat de vengeance, l’absence de collaboration entre les deux groupes de jeunes, le manque de confiance et de solidarité…

Avec les animations psychosociales, 60 jeunes ciblés de Nyabigina ont pris conscience que le dialogue entre les jeunes des deux groupes est d’une importance capitale pour la consolidation des acquis de la paix dans la zone Kabonga. Ils ont ainsi proposé de créer une association incluant les jeunes résidents et les jeunes rapatriés afin de trouver un cadre de rencontre pour améliorer leurs relations sociales.

Les forces pour arriver à cette fin sont notamment la présence des leaders religieux, la présence du comité local d’ubuntu et le dynamisme des membres de l’administration locale.

Après les animations psychosociales, le Centre Ubuntu a dispensé une formation basée sur les valeurs d’ubuntu, la gestion des traumatismes, la résolution pacifique des conflits, le leadership et la gouvernance participative et l’autonomisation.

15 jeunes choisis par les autres ont été formés ayant pour devoir d’aller former les 45 autres jeunes sur les mêmes thèmes.

Après la formation, ces jeunes ont créé une association TwunguraneUbumenyi mu Buntu. Les membres de cette association ont choisi comme activité de développement et de réconciliation la location des palmiers à huile pour la commercialisation de l’huile de palme. Le choix de ce projet a été motivé par son caractère unificateur et rassembleur. Tous les 60 jeunes membres de ce projet mèneront ensemble les activités et auront des opportunités d’échanger sur des sujets de développement et d’entente mutuelle. Les portes de cette association doivent s’ouvrir à d’autres membres.

Pour appuyer ces initiatives des jeunes, le Centre Ubuntu a débloqué une somme de 1.880.000 BIF qui a servi à la location des palmiers à huiles et à la production de l’huile de palme et autres activités connexes.

La contribution des membres de l’association s’est élevée à la valeur de 1.460.000 BIF.

 

 

 

 

 

En appuyant ce projet, le souci du Centre Ubuntu et de l’Unicef est non seulement d’aider les jeunes des différents groupes en conflits d’améliorer leur niveau de vie, mais aussi et surtout de trouver un cadre adéquat de dialogue et de réconciliation, un cadre qui doit les aider à apprendre comment régler pacifiquement les différends commu-nautaires et de vivre les valeurs d’ubuntu.

Photo :Production de l’huile par les jeunes de Nyabigina

II.2.4. Commune Giharo

  • Situationgéographique[23]   

Giharo est l’une des six communes de la province Rutana. Elle s’étend sur une superficie de 585,86 km², soit 30% de toute la province avec 124.000 habitants.

Photo : Locaux de la commune Giharo

Elle est limitée au Nord par les communesNyabitsinda et Kinyinya de la province Ruyigi, au Sud par la commune de Bukemba, à l’Est par la République Unie de la Tanzanie et à l’Ouest par la Commune Mpinga-Kayove.

Elle compte 4 zones (Butezi, Giharo, Gakungu, Muzye) et 31 collines.

  • Agriculture et élevage

D’après les services de production végétale de la DPAE Rutana, la population de la commune Giharo vit essentiellement des cultures vivrières (haricot, maïs, riz, manioc, patate douce, banane, colocase, sorgho, éleusine)  et à petite échelle les cultures industrielles (coton, palmier à huile, tourne sol).

Les problèmes connus dans ce domaine sont d’une part les maladies qui attaquent les plantes comme la mosaïque qui attaque le manioc, la rosette et le tryps qui attaquent les arachides et le BYW qui attaque les bananes.

D’autre part il y a l’insuffisance des semences sélectionnées, de la fumure organique et des intrants agricoles.

Dans le domaine d’élevage, le recensement du bétail fait en 2014 montre que la commune Giharo compte 1.821 têtes de vaches, 21.803 chèvres, 518 moutons, 2008 porcs et 22.971 volailles.

Cet élevage est d’une part menacé par les maladies comme les verminoses, la trypanosomiase, la coccidiose, le choléra aviaire, l’ecthyma contagieux, poux et chiques pour les porcs… D’autre part, il y a insuffisance des produits et pharmacies vétérinaires, l’élevage est essentiellement extensif, il y a des conflits entre agriculteurs et éleveurs etil y a insuffisance des animaux de race améliorée.

  • Santé

Les maladies les plus fréquentes dans la commune Giharo sont le paludisme, les infections respiratoires, les maladiesdiarrhéiques, les parasitoses intestinaux, les maladies nutritionnelles et avitaminoses.[24]La commune compte sept (7) Centres de Santé mais sont insuffisamment équipés en matériel sanitaire.

Suivant le rapport du premier trimestre, la commune de Giharo possède :

  • 50 écoles primaires : toutes les 31 collines sont servies, chaque colline a au moins une ou deux écoles,
  • 4 Lycées communaux,
  • ITAB  Giharo à régime d’Internat,
  • Pour l’édition 2014-2015, 2 Lycées communauxont été créés : à Muhafu et à Giharo (section Scientifique).
  • Effectif des élèves à la rentrée scolaire 2014 - 2015
  • Primaire : 24.578
  • Secondaire  de la 9ème à la 1ère : 2.056
  • Ecoles fondamentales : 2.558
  • ITAB : 326
  • Taux de scolarisation

Le calcul se fait à partir du nombre des inscrits en 1ère année :

2013-2014 : 23.552 / 2014 -2015 : 24.546

Evolution : 3,9 %

  • Taux d’abandon scolaire et les motifs
  • Au niveau du primaire :

On enregistre déjà au premier trimestre 1.240 cas d’abandon,  c'est-à-dire 5,4 %, et vers la fin de l’année on va arriver vers 11 %.

  • Les motifs d’abandon

Le motif principal c’est le repiquage du riz, l’effectif d’abandon va crescendo, et vers  la fin du premier trimestre (2014) il s’élève à 4.000 au niveau primaire. Il faut aussi souligner d’autres motifs comme la recherche du travail en Tanzanie,et le manque de cantines scolaires.

NB.Le constat est que si on instaure le système de cantines scolaires (nourrir tous les écoliers à l’école), les écoliers vont massivement à l’école. Cependant, tous les écoliers ne sont pas motivés par l’esprit d’apprendre, il y en a qui vont à l’école pour le repas de midi.

  • Au niveau du secondaire

En 2014, au premier trimestre, le nombre d’abandon était de 302 élèves d’où le taux d’abandon revient à 10,4 %.

  • Les motifs  d’abandon :

1° Le chômage des gens qui ont terminé leurs études influence négativement  l’amour de l’école.

2° Les fonctionnaires, tels que les enseignants sont plus pauvres que les gens qui font le travail manuel ou le commerce, et cela décourage les élèves ; les gens disent que les enseignants deviennent riches une fois le mois (à la fin du mois, après avoir touché le salaire et ils restent dans les dettes).

3° Le taux d’augmentation des motos et taxi-voitures  influence le taux d’abandon des élèves qui préfèrent aller faire le taxi, car après un certain temps, ils parviennent à acheter leurs propres motos.

4° L’abandon scolaire se remarque aussi chez les enseignants qui quittent leur métier d’enseignant pour aller faire du commerce ou la culture du manioc qu’ils considèrent plus rémunérateurs que leur maigre salaire. Il faut aussi souligner que certains enseignants sont démotivés par les promotions qui se font parfois à base des convictions politiques et non suivant les compétences.

N.B. La province Rutana vient d’ouvrir une université privée, un campus de l’Université des Grands Lacs. L’affluence reste pourtant à désirer, d’une part à cause de la pauvreté dans les ménages, d’autre part à cause du manque de motivations ; les élèves qui terminent le cycle secondaire préfèrent aller faire du commerce.

  • Quid de la jeunesse

Sur une population de 124.000 habitants, la commune Giharo compte 57.011 jeunes dont 24.000 dans la zone Giharo (lieu d’exécution de notre projet). Le groupe des jeunes est composé d’enfants de la rue, des rapatriés, des résidents et des jeunes expulsés de la Tanzanie.

La majorité des jeunes qui ne vont pas à l’école s’occupe de la culture du riz. D’autres jeunes sont occupés par la maçonnerie, la coiffure, charger les téléphones mobiles, faire un petit commerce vers la Tanzanie…

Les jeunes expulsés de la Tanzanie et les rapatriés éprouvent un sentiment de rejet.  Arrivés au Burundi, la mauvaise réintégration socioéconomique de ces rapatriés les pousse à avoir un sentiment de désespoir. Résignés, certains de ces jeunes regagnent la Tanzanie malgré eux.  Ces jeunes rapatriés de la Tanzanie font aussi face au problème de l’intégration scolaire et professionnelle. La majorité de ces jeunes a fréquenté les écoles des métiers en Tanzanie(la soudure, la menuiserie, l’électromécanique, la couture…)Arrivés au Burundi, par manque de moyens, d’électricité ou d’encadrement, ils se retrouvent désœuvrés. Ceux qui étaient encore sur le banc de l’école éprouvent des difficultés à continuer leurs études à cause de leur âge (ils doivent retourner 3 ou 4 ans en arrière) ou à cause de l’incohérence entre le système anglophone tanzanien et le système francophone burundais.

Les relations entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents sont parfois tendues. Ces relations sont souvent envenimées par les problèmes fonciers. Il faut aussi noter que le chômage qu’on observe dans le milieu juvénile de Giharoentraîne certaines antivaleurs comme la consommation des stupéfiants et des drogues et favorise l’oisiveté (tenue des ligalas).

Toutefois il faut souligner certains points positifs qui s’observent actuellement. Le Centre Universitaire de Formation et de Recherche en Entreprenariat (CUFORE), branche de l’Université Lumière de Bujumbura en collaboration avec le PNUD donne le cours d’entreprenariat aux jeunes de Giharo gratuitement et finance à 75% les activités de certains métiers comme la couture, la coiffure, la boulangerie et le service de restauration.

Il y a aussi l’administration communale qui organise des camps de travail pour les jeunes scolarisés et ceux qui ne le sont pas pendant les grandes vacances. Les activités réalisées en 2014 sont la fabrication des briques pour la construction des salles de classe et des maisons des personnes vulnérables (les vieillards, les orphelins, les démunis). Après ces activités, les jeunes ont bénéficié des enseignements sur la réconciliation et sur les maladies sexuellement transmissibles.

Malgré toutes ces activités il s’observe toujours des sentiments de suspicion entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents.

C’est dans ce contexte que le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef s’est engagé à restaurer les valeurs d’Ubuntu et à accompagner les jeunes des différents groupes sociaux dans des activités de développement communautaire.

  • Interventions du Centre Ubuntu

Le Centre Ubuntua focalisé son intervention dans la zone Giharo sur les collines Giharo etNkurye.Les jeunes de ces collines ne sont pas épargnés des problèmes auxquels les autres jeunes de la commune Giharo font face. Mais pour mieux identifier les grands défis vécus par ces jeunes, le Centre Ubuntu a tenu des animations psychosociales et a organisé des formations qui impliquaient les différents groupes sociaux des jeunes.

Photo : Lors de l’animation psychosociale à Giharo

Par les animations psychosociales le Centre Ubuntu a pu identifier certains défis qui blessent les valeurs d’Ubuntu et qui peuvent être source des conflits entre les jeunes. Nous citons notamment la prostitution, l’oisiveté, l’ivresse, lasuspicion entre les jeunes résidents et les jeunes rapatriés, le vagabondage sexuel.

Le problème principal évoqué estla suspicion entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents due principa-lement au favoritisme des chefs collinaires à l’égard des jeunes résidents.[26]

Avec les animations psychosociales, les jeunes ont pris conscience du danger que peut entraîner cette suspicion au niveau communautaire et à leur intégration sociale.Ils doivent éviter de collaborer avec les chefs collinaires qui sont animés par un esprit de divisionnisme.

Après les animations psychosociales avec 60 jeunes, le Centre Ubuntu a organisé une formation pour 15 jeunes parmi eux.

Cette formation était basée sur les valeurs d’Ubuntu, la gestion des traumatismes, la gestion pacifique des conflits, le leadership et la bonne gouvernance, l’autonomisation et le développement.

 

Photo : Formation des jeunes bénéficiaires de Giharo

Après la formation, les 15 jeunes ont créé une association (Turwanye ubunebwe mu buntu) impliquant les 60 jeunes. Et ensemble ils ont choisi un projet de développement.

 

Le projet choisi c’est l’agriculture du riz et d’arachides : les arachides se cultivent au début du mois de septembre pour

être récoltés au début du mois de novembre ; la culture du riz se fait vers la fin du mois de novembre. Tous les jeunes, membres de l’association vont bénéficier de la récolte de ces deux cultures (arachides et riz).

A côté de ces travaux d’agriculture, les jeunes se sont aussi engagés pour les visites de sensibilisation en vue de la cohésion sociale dans les différentes communautés.

Le Centre Ubuntu en collaboration avec l’Unicef afinancièrement contribué à ces projets à la hauteur de 1.700.000 BIF. Tous les 60 jeunes doivent bénéficier de la récolte du riz et d’arachides. En plus ce projet doit aider non seulement à diminuer la méfiance et la suspicion entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidentsde Giharomais aussi à reconstruire dans cette partie du pays le tissu social déchiré par les événements qui ont endeuillé le Burundi.

 

 

 

II.2.5. Commune Buhiga

  • Situation géographique et démographie

La commune Buhiga s’étend sur 275, 42 km². Elle est délimitée au Nord par la commune Gitaramuka, au Sud par les communes Nyabikere, Shombo et Mutumba, à l’Ouest par la commune Bugenyuzi, à l’Est par la commune Mwakiro et Buhinyuza de la province Muyinga.

Les données démographiques de 2013 montrent que la  commune Buhiga compte 19519 ménages et 94244 habitants.

Photo : Locaux de la commune Buhiga

  • Agriculture et élevage

L’agriculture comprend les cultures vivrières (bananier, haricot, manioc, patate douce, riz, pomme de terre, arachides), les cultures maraîchères (choux blanc, amarantes, tomates) et les cultures industrielles (café). Il y a des maladies qui attaquent certaines plantes comme la mosaïque du manioc, la bactériose pour la pomme de terre, les pucerons blancs pour les choux, le mildiou pour les tomates et la pomme de terre.

A côté de ces maladies, d’autres défis rencontrés dans le secteur d’agriculture sont notamment le problème de la disponibilité des semences sélectionnées ou améliorées, la carence des produits phytosanitaires, l’insuffisance d’engrais organiques et minéraux, les changements climatiques.

Dans le domaine de l’élevage, le recensement du bétail fait au cours du premier semestre 2014 montre que la population de la commune Buhiga pratique l’élevage des bovins (12570), des caprins (21032), des ovins (4039), des porcins (368), des lapins (1042), des volailles (29110) et des abeilles (4324 ruches).

Les défis rencontrés dans le domaine de l’élevage sont notamment les maladies virales (e.g. New Castle, dermatose nodulaire bovine, variole caprine), les maladies parasitaires du sang (e.g. theilerioseet coccidiose bovine) et les maladies parasitaires du tube digestif (e.g. distomatose bovine, ascaridiose porcine, taeniose ovine).

L’élevage du petit bétail qui est le plus accessible aide beaucoup de ménages à soutenir les économies domestiques et à subvenir à d’autres besoins de première nécessité.

  • Education

Ecoles maternelles (Kigoma, Magamba, Buhiga I, et Carrefour) : Garçons : 161, filles : 158, total : 319 

Nombre d’écoles primaires : 34 dont 33 écoles publiques avec 15.027 écoliers (7.588 garçons et 7.439 filles) et une école privée avec 29 écoliers (12 garçons et 17 filles).

Nombre d’écoles secondaires publiques: 12

Ecoles techniques :

  • ITAB(Garçons 442, filles 141, total 583)
  • ETS,  Ecole Mignonne(Garçons : 106, filles : 85, total : 191)
  • Nombre d’écoles à régime d’Internat : 3 (ITAB, LycéeBuhiga, Lycée de l’Espérance)
  • Nombre d’écoles à régime d’externat : 17

L’école fondamentale compte 2089 élèves dont 973 garçons et 1.116 filles.

D’autres classes comptent 2.293 élèves dont 1.366 garçons et 927filles.

N.B. Le taux de scolarisation s’élève à 76 %

  • Les abandons scolaires

Au niveau primaire, au premier trimestre 2014/2015, le taux d’abandon est de 2,88 % (Garçons : 210, filles : 223, total : 433).

Les causes d’abandons sont notammentla pauvreté, l’ignorance des parents et élèves, des cas de maladies, le déménagement vers d’autres régions telles que Makamba, et l’exode rural vers Bujumbura.

Au niveau secondaire au premier trimestre les abandons se comptent comme suit :

  • Enseignements général :Garçons : 21, filles : 22, total : 43
  • ITAB : Garçons : 1, fille : 1, total : 2
  • ETS : Garçons : 29, fille : 0
  • ECOFO : Garçons : 15, filles : 17 ; total : 32

Beaucoup d’abandons scolaires sont liés aux grossesses pré-maritales, à la pauvreté, à l’ignorance des parents quant à l’importance de l’école, au découragement en voyant le chômage de ceux qui ont déjà des diplômes,

Les défis majeurs rencontrés dans le domaine de l’enseignement sont les suivants :

  • Insuffisance d’enseignants qualifiés, surtout au Secondaire,
  • Insuffisance de bancs pupitres au Primaire,
  • Inexistence de produits de laboratoire au Secondaire à l’exception de l’ITAB qui est appuyé par la Coopération Technique Belge,
  • Insuffisance du matériel didactique (manuels des élèves et des enseignants),
  • Manque de laboratoires et des bibliothèques.

Il faut noter que l’enseignement pré-primaire n’est pas développé ; sur les 32 écoles primaires seules trois écoles organisent l’enseignement maternel. Dans les écoles privées on compte deux écoles maternelles qui reçoivent les enfants de 3 ans à 6 ans.

  • Santé

La commune Buhiga compte6 centres de santé :Rukamba,Karusi,Kanyange,Rudaraza,Buhiga, Rutonganirwa.

La commune Buhiga compte aussi 2 Hôpitaux : hôpital de Buhiga, et un hôpital de Karuzi.

Les maladies fréquentes chez les jeunes sont : le paludisme, les maladies diarrhéiques, la toux et les maladies sexuellement transmissibles.

  • Quid de la jeunesse

Photo : Certains jeunes de Buhiga encadrés par le Centre Ubuntu

Le nombre des jeunes de la commune Buhiga est estimé à 32985. Ce groupe de jeunes est composé de jeunes qui sont à l’école et des jeunes non-scolarisés. Parmi ces jeunes il y a des orphelins, des sinistrés, des rapatriés, des déplacés et des jeunes qui sont restés sur les collines. Les occupations quotidiennes de ces jeunes sont notamment le labour des champs, la coiffure, la maçonnerie, le commerce ambulant, la conduite des motos ou des vélos (taxi-moto, taxi-vélo) et la couture.

Les jeunes de cette commune estiment que ces différents métiers ne procurent pas assez de moyens financiers pour subvenir à leurs besoins quotidiens. Ils ont peur que la situation de pauvreté qu’on observe dans les ménages n’ouvre une brèche pour des éventuelles manipulations politiques. En effet, les relations entre les jeunes des différents partis politiques ne sont pas toujours au bon fixe. Parfois il y a des agressions verbales entre les jeunes du parti au pouvoir et les jeunes des partis de l’opposition. La pauvreté fait aussi que certains jeunes se livrent dans des scènes de banditisme.

Il faut souligner qu’il n’y a pas assez d’organisations nationales ou internationales qui interviennent particulièrement dans le domaine de la jeunesse. Seule Action Aid intervient pour le renforcement des associations des jeunes et des femmes.

  • Intervention du Centre Ubuntu

Pour mieux garantir la sécurité dans la commune Buhiga, le Centre Ubuntu estime qu’il faut être proche de la jeunesse. Il faut arriver à mettre ensemble les groupes des jeunes en état de conflit latent ou déclaré et leur enseigner des valeurs qui doivent les aider à vivre dans la paix.

Par les animations psychosociales et une série de formations le Centre Ubuntu est arrivé à identifier les antivaleurs auxquelles les jeunes de Buhiga font face et leur a proposé des voies de sortie.

  • Animations psychosociales

Les jeunes de Buhiga constatent que les antivaleurs qui les hantent sont principalement l’oisiveté, l’ivresse, la suspicion entre les déplacés et ceux qui sont restés sur les collines, la consommation des drogues et les ligalas.

Photo : Animation psychosociale à Buhiga

Le problème de la suspicion entre les jeunes déplacés et ceux qui sont restés sur les collines  a été évoqué comme la principale menace de la paix entre les jeunes de Buhiga.La cause de cette suspicion c’est la peur basée sur les événements qui ont endeuillé le Burundi. Les jeunes déplacés sont principalement de l'ethnie tutsi tandis que les jeunes qui sont restés sur les collines sont principalement des hutu. La confiance mutuelle n’est pas encore totalement rétablie et les jeunes sont souvent pris dans ces pièges tendus par leurs parents.Soixante jeunes qui ont participé aux animations psychosociales ont néanmoins constaté qu’ils ont besoin de rencontres permanentes où les déplacés et ceux qui sont restés sur les collines doivent dialoguer pour dissiper tout sentiment de suspicion inutile.

  • Séances de formation

Après les animations psychosociales, quinze jeunes parmi les soixante ont suivi une série de formation sur les valeurs d’Ubuntu, la gestion des traumatismes, la résolution pacifique des conflits, le leadership et la bonne gouvernance et l’autonomisation.

Après cette formation les jeunes ont créé une association « KomezaUbuntu » avec comme projet l’élevage des chèvres. Dans cette perspective 25 chèvres ont été achetées et ont été distribuées aux premiers bénéficiaires. Il est prévu qu’avec la chaîne de solidarité 60 jeunes béné-ficient au moins d’une chèvre chacun.

Le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef a contribué à l’achat de ces chèvres à la hauteur de 1.700.000 BIF. Le souci du Centre Ubuntu est qu’avec cet élevage de chèvresles jeunes des différents groupes sociaux arrivent à vivre dans la paix et à reconstruire le tissu social déchiré par les différentes crises qui ont endeuillé le Burundi.

I.2.6. Commune Gatara

La commune Gatarase trouve en province Kayanza. Elle s’étend sur une superficie de 103,96 Km2 soit 8,42% de la province (1233,24 km2).

Elle est délimitée au Nord par la commune Kayanza, au Sud par la commune Butaganzwa, à l’Est par la commune Gahombo et à l’Ouest par la commune Matongo.La commune Gatara est subdivisée en 3 zones (Gatara, Mbirizi, Ngoro) et 28 collines.

 

La situation démographique montre qu’en 2013 la commune Gatara comptait 71806 habitants répartis dans 14508 ménages avec une densité de 693 habitants/km2.

Photo : Locaux de la commune Gatara

  • Agriculture et élevage

La forte densité de la commune Gatara fait qu’il y a des difficultés à accéder aux terres arables. La commune dispose de 6 marais totalisant 745 ha. Ces marais sont disponibles pour la culture du riz, du haricot, des ananas et des tomates.

D’autres plantes cultivées dans la commune sont le manioc, la banane, le café. Il faut souligner que la superficie occupée par les caféiers diminue chaque année ; elle est passée de 52880 ha en 2011 à 52460 ha en 2012.

D’autres difficultés dans ce domaine sont notamment :

  • Le sol qui n’est pas protégé contre l’érosion
  • L’exiguïté des terres qui ne favorise pas la rotation des cultures
  • Le manque d’intrants agricoles et de semences sélectionnées
  • L’insuffisance de la fumure organique et des engrais chimiques

Dans le domaine de l’élevage, les éleveurs de la commune Gatara pratiquent un élevage extensif. On y trouve l’élevage des porcins, de la volaille, des abeilles, des bovins, des caprins et des lapins. L’évolution de la production animale a été positive entre 2008 et 2012. Par exemple la production du lait est passée de 11500 litres en 2008 à 37292 litres en 2012. Pendant la même période, les porcs ont connu une augmentation de 193,48%, la volaille 37,71%, les abeilles 40,47%, les bovins 82,97%, les caprins 126,70%.

Les difficultés rencontrées dans ce domaine sont notamment :

  • L’indisponibilité des produits vétérinaires et leur coût élevé,
  • L’absence des pharmacies vétérinaires et de points de vente d’intrants d’élevage,
  • Insuffisance des animaux de race moderne.
  • Santé

La commune Gatara dispose de 5 infrastructures sanitaires fonctionnelles dont 3 Centres de Santé publics et 2 Centres de Santé privés.

Ces structures de soins sont néanmoins insuffisants vu le nombre de malades qui les fréquentent. Il faut aussi souligner qu’une grande partie de la population parcourt plus de 5 kms pour accéder à ces infrastructures.

Le nombre du personnel dans les 5 Centres de santé s’élève à 24 techniciens médicaux du niveau secondaire et 1 du niveau universitaire.

Il faut noter que l’accès aux soins reste problématique pour une population qui est de plus en plus vulnérable et qui n’a pas assez de moyens financiers pour se faire soigner.

  • Education

Jusqu’en 2012 les écoles primaires fonctionnelles étaient au nombre de 27, les écoles secondaires au nombre de 7 et 6 centres préscolaires.

Les difficultés rencontrées dans le domaine de l’éducation sont notamment :

  • Les abandons scolaires au niveau primaire (1582 pendant l’année scolaire 2011- 2012, 1035 en 2012-2013). Les raisons avancées sont principalement la pauvreté, les grossesses pré-maritales et l’ignorance des parents.
  • La grande disparité entre le nombre des écoles primaires et celui des écoles secondaires (27 sur 7). Même si le taux d’accès à l’école secondaire reste très bas, avec l’école fondamentale, les écoles secondaires risquent d’être insuffisantes pour accueillir tous les candidats qui terminent l’école primaire.
  • L’absence des écoles techniques.

 

  • Transport et communication

 

Les motards et les cyclistes relient le centre de la commune Gatara aux communes voisines. Il existe une dizaines de pistes mais elles sont en mauvais état.

La communication se fait à travers les compagnies mobiles (LEO, ONAMOB et ECONET) et par les médias (RTNB, UMUCO fm, RPA, ISANGANIRO, BONESHA fm, Radio MARIYA). Les émissions télévisées sont suivies par une minorité de gens qui habitent le centre urbain de la commune et le Lycée Gatara.

  • Quid de la jeunesse

Les jeunes de Gatara qui furent membres des différents groupes armés sont aujourd’hui affiliés aux partis politiques. Ces jeunes portés par les idéologies de leurs partis respectifs s’affrontent de temps en temps. Ils s’arrachent mutuellement les drapeaux de leurs formations politiques et s’accusent réciproquement de provocation. A côté de ces tensions politiques, les jeunes de la commune Gatara font face au chômage et à la pauvreté grandissante. Cette situation peut être une brèche à toutes les sollicitations politiciennes capables d’attiser toutes sortes detroubles.

 

  • Intervention du Centre Ubuntu

Les jeunes doivent réfléchir à leur avenir plutôt que de rester campés sur leurs différences. Le Centre Ubuntu s’est investi à accompagner 60 jeunes de Gatara dans cette voie. Les groupesvisés sont surtout ceux qui vivent en situation conflictuelle. Pour réussir son pari, le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef a organisé des animations psychosociales et des séances de formation.

Par les animations psychosociales, les jeunes ciblés ont parlé de certains problèmes psychosociaux pouvant être une entrave à la promotion de la paix et au développement dans leur milieu. Ils ont parlé du vagabondage sexuel, du vol,de la consommation des drogues, de l’ivrognerie, de la suspicion entre les jeunes par rapport aux opinions des partis politiques, des ligalas et de la paresse.Le problème psychosocial le plus redouté et évoqué par ces jeunes c’est la suspicion entre les jeunes par rapport aux opinions des partis politiques. La cause de cette situation est principalement l’incompréhension face au multipartisme.

Les jeunes ont constaté que si une telle situation perdure les conséquences peuvent être des tueries, le sous-développement, les haines, le manque d’entraide et de confiance, le refus de l’ordre…Pour prévenir ces conséquences néfastes les jeunes ont trouvé qu’ils ont besoin de se rencontrer souvent pour se parler. Ils ont aussi besoin d’un esprit critique face aux opinions des différents leaders politiques et des sensibilisations basées sur les valeurs d’Ubuntu.

Par les séances de formation, 15 jeunes ciblés ont été formés aux valeurs d’Ubuntu, à la résolution pacifique des conflits, à la gestion des traumatismes, au leadership et à l’autonomisation. Au terme de cette formation les 15 jeunes ont reçu la mission d’aller former 45 autres jeunes et ont créé une association SangwaUbuntu.Les membres de cette associationont acheté 25 chèvres. Le Centre Ubuntu en collaboration avec l’Unicef a financièrement appuyé ce projet à la hauteur de 1.700.000 BIF tandis que les bénéficiaires ont contribué à hauteur de 70.500 BIF. Il est escompté qu’après 10 mois 60 jeunes membres de l’association aient eu chacun une chèvre. A la quatrièmegestation (génération), les chèvres mères âgées vont retourner dans l’association pour en faire usage pouvant fortifier son patrimoine. 

 

Le Centre Ubuntu espère que cet élevage des chèvres va non seulement contribuer à la restauration de la confiance entre les jeunes bénéficiaires mais aussi faciliter des rencontres d’échange sur les valeurs d’Ubuntu à travers des activités communautaires.

 

II.2.7. Commune Bugendana

La commune Bugendana est l’une des 11 communes de la province Gitega. Elle est limitée au Nord par la commune Mutaho, au Sud par la commune Giheta, à l’Est par les communes Shombo et Gihogazi de la province Karusi, et à l’Ouest par les communes Mbuye(Muramvya) et Giheta.

Elle a une superficie estimée à 283 Km2 soit 14 % de la province (1978,96 Km2) et 1% du pays (27.834 Km2).[27]

La commune Bugendana est subdivisée en 4 zones (Bugendana, Bitare, Mugera, Mutoyi) et 22 collines.

Le plan communal du développement élaboré en 2013 estime le nombre d’habitants à 121.401 dont 57.423 sont de sexe masculin et 63.978 de sexe féminin.

 

Photo : Locaux de la commune Bugendana

  • Agriculture et élevage

95% des habitants de la commune Bugendana vivent de l’agriculture. La moyenne de terres cultivables par ménage est de 40 ares. Trois principales cultures y sont pratiquées : les cultures vivrières (patate douce, manioc, banane, pomme de terre, maïs, sorgho, petit pois, la courge, le riz), les cultures maraichères (choux, amarantes, tomates, oignons, aubergine, poivrons, poireaux, épinards, carottes, céleris), les cultures d’exportation (caféiers, quinquina et molinga). Il faut aussi noter la culture des fruits comme les avocatiers, les ananas et les agrumes.

Les défis rencontrés dans ce domaine sont notamment :

  • l’exiguïté des terres arables suite à la démographie galopante de la population jeune,
  • la dégradation des sols suite à l’exploitation excessive et la faible protection de l’environnement,
  • le manque de fumure organique,
  • les aléas climatiques,
  • les faibles capacités techniques des producteurs,
  • le manque d’appui financier,
  • le manque de circuit de commercialisation de la banane.

Dans le domaine de l’élevage, les habitants de la commune Bugendana pratiquent un élevage extensif et est dominé par les animaux de race locale (les bovins, les ovins, les caprins, les porcins, la volaille, les lapins et les abeilles).

Les défis qui sont remarqués dans ce domaine sont principalement :

  • l’insuffisance du pâturage alors que la plupart des éleveurs ne pratiquent pas la stabulation permanente,
  • l’insuffisance du cheptel due à la crise,
  • les infrastructures zoo-sanitaires délabrées,
  • beaucoup de pathologies animales (théilériose, verminose, maladie de New Castle),
  • manque de produits vétérinaires, absence de pharmacies,
  • manque d’abattoir aménagé dans toute la commune.

 

  • Education

 

Au cours de l’année scolaire 2012-2013, l’enseignement primaire comptait 24500 élèves répartis en 315 écoles.L’enseignement secondaire comptait 16 établissementsavec 4345 élèves.Avec l’année scolaire 2013-2014 on compte dans la zone Bugendana:10 écoles primaires dont 1 non encore fonctionnelle, 1 collège communal, 3 écoles fonda-mentales dont 1 non encore fonctionnelle, 1 lycée communal avec une section scientifique, 1 école polyvalente où on pratique la menuiserie, la couture et la maçonnerie.

Dans zone Bitareon compte 11 écoles primaires, 1 collège communal, 3 Lycées communaux, 2 écoles fondamentales.

Dans la zone Mutoyi on compte 15 écoles primaires, 1 collège communal, 2 Lycées communaux, 3 écoles fondamentales.

Dans la zone Mugera on compte 6 écoles primaires, 1 collège communal, 1 Lycée communal, 1 petit séminaire, 1 école Normale, 2 écoles fondamentales.

Au cours de l’année scolaire 2014-2015 : 1er Trimestre, les écoles primaires comptaient 25 679 écoliers dont 12 531 garçons et  13 148 filles. L’année précédente les abandons s’élevaient à  628 dont 329 garçons et 299 filles.

A l’école secondaire le premier trimestre de l’année scolaire 2014-2015 comptait 3999 élèves dont 1785 garçons et 2214 filles. A la fin du premier trimestre 22 élèves avaient déjà abandonné l’école dont 11 garçons et 11 filles.

Les principaux motifs de ces abandons sont la pauvreté (manque de nourriture, manque des uniformes, manque des cotisations demandées aux parents, …), le déménagement des familles, les maladies, le complexe d’âge, la perte des parents ou des tuteurs, l’exode rural, l’indiscipline, l’ignorance et les grossesses pré-maritales.

Les défisrencontrés dans l’enseignement primaire et secondaire sont principalement :

  • insuffisance des infrastructures scolaires,
  • surcharge des instituteurs suite au grand nombre des écoliers,
  • démotivation des enseignants à cause du maigre salaire,
  • beaucoup de cas d’abandons scolaires suite à la pauvreté, à l’ignorance des parents, au vagabondage sexuel, au découragement dû au manque du travail après les études…
  • insuffisance des enseignants qualifiés,
  • manque d’équipement et du matériel didactique (laboratoire, bibliothèque, bloc sanitaire, support pédagogique…),
  • manque de logements pour les enseignants,
  • influence de l’environnement social défavorable à la réussite des élèves,
  • insuffisance des écoles des métiers (même ceux qui existent manquent d’enseignants qualifiés).
  • Santé

La commune Bugendana dispose d’un hôpital de Mutoyi tenu par les volontaires italiens, de 6 Centres de Santé dont trois publics et trois privés.

L’hôpital de Mutoyi offre des services de qualité accessibles pour beaucoup de gens malgré la pauvreté notoire qui s’observe dans les ménages.

Les défis à noter dans ce secteur :

  • certaines zones restent défavorisées parce que les gens parcourent une longue distance pour avoir accès aux soins,
  • les services d’accueil sont défectueux dans certains Centres de Santé,
  • la prise en charge de certains malades avec des maladies chroniques n’est pas structurée,
  • certains infirmiers offrent des services décriés par la population,
  • insuffisance des pharmacies,
  • vente illicite des médicaments,
  • persistance de la pratique d’automédication qui constitue un danger pour la santé publique.

 

  • Transport et communication

 

Les routes qui permettent l’accès aux différentes zones de la commune sont praticables. La commune Bugendana est traversée par la RN15 qui vient de Gitega pour Ngozi. Cette route est encours de bitumage. Les routes communales en terre ou en latérite couvrent 62 km. Il y a aussi 64 autres pistes à l’intérieur de la commune dont 36 sont praticables pour les véhicules.

Les réseaux de communication présents à Bugendana sont LEO et ECONET (dans toute la commune), ONAMOB (Mukoro et Mugera), AFRICEL (dans trois zones de Mutoyi), SMART (dans certains coins par hasard).

 

  • Quid de la jeunesse

 

La majorité de la jeunesse de Bugendana est désœuvrée et non scolarisée. C’est aussi une jeunesse qui a été affectée par les effets de la crise déclenchée en 1993. Certains jeunes sont nés dans des camps de déplacés. Leurs parents ne veulent pas retourner dans leurs collines d’origine à cause de certaines raisons : la peur du passée, la peur d’être éliminés par les bourreaux de leurs proches afin d’effacer toute trace de témoins, le refus de retourner dans les collines où la vie n’est pas « moderne » comme dans leurs sites actuels.

Cette distance crée parfois des tensions entre les jeunes déplacés (majoritairement tutsi) et ceux restés sur les collines (majoritairement hutu).

La haine et la jalousie entre les deux groupes maintiennent une psychose de la guerre. Les jeunes ayant l’expérience du passé nourrissent des mécanismes d’autodéfense. Cette situation est aggravée par la pauvreté grandissante qui expose ces jeunes aux manipulations politiciennes.

  • Intervention du Centre Ubuntu

Pour prévenir d’éventuels débordements, le Centre Ubuntua pris l’initiative de travailler avec 60 jeunes représentant les groupes en situation conflictuelle.Avec les animations psychosociales, les agents du Centre Ubuntuont pu identifier certains problèmes psychosociaux qui empêchent la promotion de la paix et le développement. Ici nous pouvons citer notamment la paresse,  le vagabondage sexuel, l’ivresse,  la consommation des drogues, l’égoïsme, la suspicion et les discriminations basées sur l’ethnisme ou sur les opinionspolitiques.

Le problème de suspicions et de discriminations basées sur l’ethnisme ou sur les opinions politiques a été posé comme le principal défi psychosocial qui envenime les bonnes relations entre les jeunes des différents groupes.

Après l’animation psychosociale, les jeunes ciblés ont pris conscience de certaines conséquences fâcheuses dues aux discriminations sociales. Parmi elles il y a les haines pouvant aller jusqu’aux tueries et le sous-développement. Après cette prise de conscience, ces jeunes ont décidé de se parler souvent pour prévenir toute situation qui peut envenimer leurs relations.

Après les animations psychosociales, 15 jeunes ont été choisis par l’assemblée des autres jeunes pour les représenter et bénéficier d’une formation sur les valeurs d’Ubuntu, la résolution pacifique des conflits, la gestion des traumatismes, le leadership et la bonne gouvernance, l’autonomisation et le développement.  Ces jeunes ont été choisis en tenant compte de la représentation des différents groupes sociaux des jeunes ciblés (les jeunes résidents  vivant sur les collines, les jeunes déplacés vivant dans les sites des déplacés de Bugendana, les jeunes rapatriés vivant sur les collines Mukoro, Mugitega, Cishwa et Bitare, et les jeunes Twa des mêmes collines).

Après la formation, les 15 jeunes devaient aller former 45 autres jeunes et proposer un projet de développement.

Le projet proposé est celui du renforcement des liens sociaux d’abord entre les jeunes regroupés dans l’Association TWIYUNGUNGANYE MU BUNTU, puis dans toute la communauté. Pour atteindre cet objectif, le Centre Ubuntu appuyé par l’Unicef a financièrement soutenu ce projet à la hauteur de 1.700.000 BIF tandis que les bénéficiaires ont contribué 180.000 BIF.

Avec cette somme, les membres de l’Association ont décidé de créer une caisse pour l’octroi de petits crédits aux jeunes à faibles intérêts. La gestion de cette caisse est assurée par trois membres du comité dont le président, le trésorier et le secrétaire en collaboration avec le comité chargé d’étudier les projets des jeunes qui sollicitent un crédit. Mais l’assemblée générale reste l’organe décisionnel. Pour plus de sécurité, les autorités administratives communales doivent suivre de près ou de loin les activités de cette Association TWIYUNGUNGANYE MU  BUNTU. Les bénéficiaires des crédits doivent signer leur engagement en présence d’une autorité administrative communale.

En validant ce projet, l’objectif ultime du Centre Ubuntu est de voir enfin les jeunes deMukoro, Mugitega, Cishwa et Bitare (commune Bugendana) vivre pleinement les valeurs d’Ubuntu et réduire considérablement leur état de vulnérabilité. Le Centre Ubuntu veut voir enfin des jeunes réconciliés qui s’asseyent ensemble pour discuter sans appréhension la promotion de la paix et le développement communautaire.

II.2.8. SiteMubanga

La zone Mubanga se trouve dans la commune Ruhororo.

C’est une zone qui a été affectée par la crise éclatée en 1993. Jusqu’aujourd’hui la communauté fait face aux divisions à caractère ethnique. Les déplacés et les populations restées sur les collines développent des tensions sociales basées sur l’ethnisme et sur les tendances politiques.

  • Quid de la jeunesse

Les jeunes qui vivent dans le site de Mubanga (majoritairement tutsi) et ceux restés sur les collines (majoritairement hutu) ont été eux aussi victimes de la guerre. Le virus de l’ethnisme a développé chez certains un mécanisme d’autodéfense contre d’éventuelles attaques de l’autre ethnie. D’où parfois des violences verbales voire physiques entre ces deux groupes de jeunes. Malgré certaines activités génératrices de revenus comme la vente des arachides, faire du taxi vélo, travailler dans les champs et l’exode rural vers la Tanzanie ou les grandes villes, ces jeunes sont tous préoccupés par la pauvreté et le chômage qui parfois les exposent aux manipulations politiciennes. Cette situation délétère dont l’issue est inconnue préoccupe le Centre Ubuntu.

  • Intervention du Centre Ubuntu

Le Centre Ubuntu dans ses efforts de rétablir les valeurs d’ubuntu et de consolider les acquis de la paix est intervenu auprès de 60 jeunes de Mubanga en situation conflictuelle. Par les animations psychosociales le Centre Ubuntu a d’abord ciblé les problèmes psychosociaux qui handicapent la jeunesse de Mubanga. Les principaux problèmes cités sont :

  • La peur des jeunes vivant dans le site de Mubanga (il y a eu un moment où les déplacés ont suspecté la distribution des armes aux jeunes affiliés au parti au pouvoir); 
  • Suspicion entre les jeunes des différents partis politiques surtout quand il y a un élément déclencheur ; 
  • Indifférence; 
  • Manque de confiance envers ceux qui sont nommés aux responsabilités diverses car ils sont accusés de népotisme dans leurs services ;
  • Les ligalas sur les routes entre les jeunes de même ethnie ou de même parti politique ;
  • Consommation des stupéfiants ;
  • Grossesses pré-maritales.

Le principal problème psychosocial évoqué est  celui de la suspicion entre les jeunes des différents partis politiques. Pour l’éradiquer, les jeunes ciblés qui ont participé à l’animation ont proposé de multiplier des rencontres entre les jeunes en conflits. Ils ont aussi trouvé nécessaire de penser ensemble des activités de développement pour lutter contre la pauvreté et le chômage qui parfois enveniment leurs relations.

Après les animations psychosociales 15 jeunes venant des groupes en conflits ont été choisis par leurs pairs pour suivre une formation basée sur cinq thèmes : lesvaleurs d’ubuntu, la gestion des traumatismes, la résolution pacifique des conflits, la bonne gouvernance et le leadership, l’autonomisation et le développement.

Après la formation, les 15 jeunes ont été envoyés aller former 45 autres jeunes et ont créé une Association TUGUMYUBUNTU. Les membres de cette association ont pensé à certaines activités de développement pour éradiquer les suspicions qui handicapent leurs relations. C’est ainsi qu’ils ont décidé de consolider les liens sociaux à travers les activités manuelles communautaires rotatives en faveur des jeunes et des familles plus vulnérables, de sensibiliser d’autres jeunes de MUBANGA sur les valeurs d’Ubuntu sur la résolution pacifique des conflits et sur l’autonomisation communautaire et enfin créer et gérer une caisse de petits crédits pour la réalisation des  activités génératrice de revenus.

Le Centre Ubuntu en collaboration avec l’Unicef a appuyé l’Association en lui octroyant une somme de 1.700.000 BIF. Les membres de l’Association ont contribué à la hauteur de 120.000 BIF. Avec cet argent les membres ont créé une caisse d’entraide mutuelle qui joue le rôle de micro-crédits en faveurs des jeunes membres de l’Association. La gestion de cette caisse est assurée par trois membres du comité dont le président, le trésorier et le secrétaire en collaboration avec le comité chargé d’étudier les projets des jeunes qui sollicitent un crédit. L’assemblée générale reste néanmoins l’organe décisionnel.  Celui qui demande un petit crédit doit verser un faible taux d’intérêt de 10 %.

Le souci du Centre Ubuntu et de l’Unicef dans ce projet est de voir enfin éradiqué le climat de suspicion entre les jeunes en conflits de la zone MUBANGA pour combattre ensemble la pauvreté en Commune RUHORORO.

 

 


[1]Le dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2008 (RGPH-2008) a dénombré 8 053 574 habitants dont 51 % de sexe féminin et 49 % de sexe masculin (cf. REPUBLIQUE DU BURUNDI, Enquête Démographique et de Santé, Burundi 2010, Mai 2012, p. 1.). En 2015, d’après le site  http://populationpyramid.net/fr/burundi/2015/la population burundaise s’élève à environ 10.812.000 habitants (consulté le 28-9-2015).

[2]BANKAMWABO Jimmy, Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté (CSLP II): Thématique « Jeunesse et Emploi », Bujumbura, Mai 2011.

[3]Cf. GOUVERNEMENT DU BURUNDI, Rapport d’Avancement, Objectifs du Millénaire pour le Développement, Bujumbura, Septembre 2004, p. 8.

[4]Cf. Ibid.

[5]Cf. Ibid.

[6]Cf. REPUBLIQUE DU BURUNDI, Enquête Démographique et de Santé, Burundi 2010, Mai 2012, p. 3.

[7]Cf. Ibid.

[8]Cf. Ibid.

[9]Cf. Ibid.

[10]Cf. BUYOYA Pierre, Building Peace in Burundi. Mission: Possible (trad. David Gakunzi), 1998, p. 104.

[11]Cf. BANKAMWABO Jimmy, Ibid.

[12]Cf. Ibid.

[14]Cf. BANKAMWABO Jimmy, Ibid.

[15]Cf. Ibid.

[16]Un enseignant a entre 56 et 100 élèves dans la classe. Ces ratios sont de loin supérieurs aux normes de l’UNESCO qui préconisent 30 élèves par classes et par enseignant.

[17]Niveau primaire 3.34%, niveau secondaire (5.5% dont 862 garçons et 711 filles).

[18]Cf. Plan Communal de Développement Communautaire-PCDC- de la Commune Kibago, Mai 2013, p. 9.

[19]Cf. Ibid., p. 10. Nous soulignons cependant que d’après la monographie de la commune Kibago faite en 2006 par le Ministère de la Planification, la population devrait aller crescendo. En 2006 elle était de 53211 habitants, en 2007 elle était estimée à 55994, et en 2010 elle devrait atteindre 65247 habitants (cf. MINISTERE DE LA PLANIFICATION DU DEVELOPPEMENT ET DE LA RECONSTRUCTION NATIONALE, Monographie de la Commune Kibago, 2006, p. 5).

[20]Cf. Direction Communale d’Enseignement-Commune Kibago, A/S 2013/2014.

[21]Cf. Services d’Etat-Civil Kibago, Déc. 2014.

[22]Cf. Direction Communale d’Enseignement, Nyanza-Lac 2014.

[23]Cf. Monographie de la Commune Giharo, 2006, p. 2.

[24]Cf. Ibid., p. 35.

[25]Nous devons ces données à la Direction Communale d’Enseignement, Commune Giharo.

[26]Quand il y a une aide pour les vulnérables, les chefs collinaires n’inscrivent pas les vrais vulnérables (qui sont majoritaires parmi les jeunes rapatriés), ils mettent sur la liste les jeunes résidents.

[27]Cf. Monographie de la Commune Bugendana, 2006, p. 1.

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