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Théâtre narratif dans les communautés ciblées

Nous avons revisité les jeunes avec qui nous venons de passer deux ans ensemble. Certains ont abandonné leurs activités au sein de  leurs associations à cause des événements que traverse le Burundi. Avec ceux qui sont restés,nous avons pu comprendre, à travers le théâtre narratif, les problèmes auxquels ils font face aujourd’hui et les changements opérés dans leurs communautés respectives.

III.1. Associations des jeunes dans les communes

Nous avons revisité les communautés deKIBAGO, KAYOGORO,ITABA,BUGENDANA, RUHORORO (zone Mubanga), RUHORORO (zone Ruhororo), GATARA, BUHIGA, GIHARO,NYANZA LAC et RUMONGE.

1.1. Commune Kibago (Jimbi)

Après les élections de 2015, les relations entre les jeunes affiliés aux différents partis politiques sont devenues de plus en plus tièdes. Mais il n’y a ni d’affrontements physiques ni verbaux. Toutefois, on constate que toutes les tendances politiques sont inquiètes par rapport à la situation sécuritaire qui prévaut dans le pays et à la fuite de certains jeunes n’appartenant pas au parti au pouvoir.

  • Le théâtre narratif à Jimbi

Les jeunes qui ont participé au théâtre narratif à Jimbi étaient au nombre de trente (13 garçons et 17 filles).

 

Ils ont évoqué les problèmes qui actuellement hantent leur communauté :

  • Les vols,
  • Les vagabondages sexuels,
  • La suspicion due aux divergences d’opinions politiques,
  • La suspicion due aux divergences ethniques,
  • L’alcoolisme exagéré (ivresse),
  • L’affrontement dû aux conflits fonciers

Parmi tous ces problèmes, celui qui fait beaucoup plus de mal c’est la suspicion due aux divergences d’opinions politiques.

Les principales causes de ce problème sont : l’égoïsme des hommes politiques,  la recherche d’intérêts personnels et l’incompréhension face au multipartisme.

Les conséquences sont notamment : les suspicions, les tueries, la pauvreté, les viols sur les femmes qui ne se rangent pas dans les opinions du plus fort.

Beaucoup d’histoires ont été racontées autour de cette problématique. L’histoire la plus significative qui a retenu notre attention et qui a fait l’objet du théâtre narratif est la suivante :

 

Les jeunes de Jimbi jouent au théâtre narratif

Après les élections de 2015, deux groupes de jeunes se sont distingués sur la colline Jimbi. Ceux qui sont pour le nouveau mandat du président et ceux qui sont contre. Certains jeunes affirment que ces derniers ont été recherchés un à un. Les uns ont pris fuite vers la Tanzanie, les autres ont dû abandonner les écoles pour se réfugier dans les différents coins du pays. Les élèves qui étaient dans les internats ont eu peur de rentrer chez eux. Tandis que certains de ceux qui n’ont pas pris le large sont emprisonnés.

 

 

Pour faire face à ce problème, certaines solutions ont été proposées :

  • Comprendre que tout le monde ne peut pas penser de la même façon,
  • Eviter d’être trompé par la manipulation politicienne,
  • Sensibiliser les valeurs d’ubuntu,
  • Avoir le courage de se parler,
  • Demander pardon.

 

  • Observations

Après le théâtre narratif, nous avons constaté que les jeunes de Kibago vivent encore dans la peur et ne sont pas encore prêts à objectiver leur avenir et prendre un recul par rapport à la manipulation politicienne. Nous leur avons invité à prendre certains engagements qui les aideraient à vivre dans l’entente mutuelle. D’où ils se sont engagés à éviter des mots diviseurs, à conseiller les parents qui ne tolèrent pas la diversité des opinions politiques et à avoir le courage de se conseiller mutuellement.

1.2. Commune Kayogoro (Nyantakara)

A Nyantakara, les relations entre les jeunes sont aujourd’hui bonnes par rapport à ce qu’ils ont vécu pendant les périodes électorales. Les jeunes ont constaté que certains politiciens se servent d’eux pour atteindre leurs objectifs.Toutefois, les foyers de tensions politiques ne sont pas encore totalement éradiqués.

  • Le théâtre narratif à Nyantakara

Les jeunes qui ont participé au théâtre narratif dans la localité de Nyantakara étaient au nombre de trente-huit (6 garçons et 32 filles).

 

Les principaux problèmes qui actuellement hantent leur communauté sont les suivants:

  • Le vagabondage sexuel,
  • L’ivresse,
  • S’insulter mutuellement,
  • Vagabondages nocturnes,
  • Le vol dans des champs et dans des maisons,
  • Des conflits fonciers,
  • La sorcellerie,
  • Des conflits entre les membres des différents partis politiques,
  • L’avortement.

Parmi tous ces problèmes, celui du vagabondage sexuel, fait beaucoup plus de mal dans la zone Nyabigina.

Les causesde ce problème sont notamment : les vagabondages nocturnes, l’envie des biens matériels chez les filles et l’amour mal géré qui met en avant la pratique des rapports sexuels.

Les conséquences sont principalement : la contamination du VIH/SIDA et des infections sexuellement transmissibles, la perte de dignité, les grossesses précoces, la honte pour la fille et sa famille et l’avortement, les conflits entre les familles.

Beaucoup d’histoires ont été racontées autour de cette problématique. L’histoire la plus significative qui a retenu notre attention et qui a fait l’objet du théâtre narratif est la suivante :

 

Les jeunes de Nyantakara jouent au théâtre narratif

Au mois de janvier 2015, sur la colline de Nyantakara, une fille de 19 ans a noué des amitiés avec un homme marié qui a 4 enfants. Par après, la fille est tombée enceinte de cet homme. Lorsque la première femme de l’homme l’a appris, elle a juré que la fille et l’enfant qu’elle portait dans son sein n’allaient  pas survivre. Quand la fille s’est rendue au centre de santé pour la consultation, l’infirmière lui a donné le résultat qui ne la tranquillisait pas : la position de l’enfant n’était pas normale. Pendant tout ce temps, l’homme n’était pas en bons termes avec sa femme et ses enfants car il gaspillait les biens de la famille pour sa concubine. La femme devenait de plus en plus mécontente et cherchait comment se débarrasser de cette fille et de l’enfant qu’elle allait mettre au monde. Au mois de septembre de la même année, la fille s’est rendue au centre de santé pour mettre au monde. Les infirmiers ont été incapables et l’ont transférée à l’hôpital de Makamba.

 

Les parents de la fille ont manqué une ambulance pour déplacer leur fille à l’hôpital et ont loué une autre voiture à 40 000 F. Arrivée à l’hôpital, l’enfant est né étant mort. On l’a enterré à Nyantakara. Après 4 jours la fille est morte et a été enterrée à Nyantakara. Toutes les dépenses ont été payées par les parents de la fille. Quant à l’homme,  il avait déjà disparu du village. Au mois de décembre de la même année, l’homme a quitté la cachette et les parents de la fille l’ont traduit en justice et il est en prison.

Certaines solutions ont été proposées pour éradiquer le vagabondage sexuel à Nyabigina :

  • Rentrer avant la tombée de la nuit,
  • Se contenter de ce que l’on a pour éviter des tentations pécuniaires,
  • Se donner des enseignements sur les causes et les conséquences fâcheuses du vagabondage sexuel,
  • Ne pas accepter les propositions des garçons ou des hommes qui tendent vers le vagabondage sexuel.

 

  • Observations

Les jeunes de Nyantakara ont été dynamiques dans le théâtre narratif. Ils en apprécient l’importance et sont ouverts au changement.

 

 

1.3. Commune Itaba

Les relations entre les jeunes ont été perturbées pendant la période électorale de 2015. Aujourd’hui certains jeunes affirment qu’après les élections, les relations sont plus ou moins normalisées. Toutefois, les blessures liées aux tensions ethniques sont toujours ouvertes. Ceci se manifeste à travers les problèmes qui hantent leur communauté.

  • Théâtre narratif à Itaba

Les jeunes présents à l’animation psychosociale étaient ceux des collines Buhevyi, Kibogoye et Gihamagara. 26 filles et 18 garçons ont pu participer au théâtre narratif.

Ces jeunes affirment que les problèmes principaux qui hantent actuellement leurs collines sont :

  • Le vagabondage sexuel,
  • L’ivresse,
  • Des tueries basées sur les conflits fonciers,
  • Les suspicions à caractères ethniques,
  • Le mensonge.

L’ivresseest néanmoins le problème principal décrié par les jeunes d’Itaba.

Les causes de l’ivresse sont notamment l’amour inconsidéré de l’alcool, l’oisiveté et le suivisme.

Les conséquencesde l’ivresse sont principalement : des querelles dans les familles, les vagabondages sexuels, paiement des amandes suite aux dégâts matériels ou physiques causés par les bagarres, gaspillage des biens de la famille, la pauvreté.

Pour illustrer ce problème communautaire les jeunes présents ont raconté puis joué une histoire d’un cas de l’ivrognerie qu’ils ont vécu dans leur communauté :

 

Son corps git au milieu de la route

 

En 2015, au mois d’août, le jour du  marché à Gihamagara, un jeune garçon s’est mis à boire. Devenu ivre, il a commencé à renverser la bière d’un autre jeune garçon. Celui-ci s’est défenduentabassant l’agresseur. Blessé, le garçon sous s’est rendu au centre de santé où il a été bien accueilli pour le traitement. Mais, pendant la nuit, alors qu’il était sous perfusion de sérum, il s’est évadé du centre de santé tout en arrachant le sérum. Le lendemain, ses voisins l’ont retrouvé mort, son corps gisant au milieu de la route. L’officier de la police judiciaire s’est rendu sur le lieu pour constater le cas. Le garçon agressé a été emprisonné mais son innocence approuvée, il a été relaxé.

 

Après avoir joué cette histoire tragique survenue dans leur communauté, les jeunes ont proposé des solutions suivantes pour éradiquer l’ivrognerie :

  • Sobriété dans le boire
  • Pour ceux qui le peuvent, abandonner la consommation de l’alcool.

 

  • Observations

Certains jeunes ont eu peur de participer au théâtre narratif parce qu’ils se reprochaient de certaines antivaleurs. Mais les jeunes présents se sont engagés à leur donner des conseils mais aussi à être des modèles dans la gestion de certains problèmes communautaires et individuels.

1.4. Commune Bugendana

A Bugendana, les jeunes que nous avons rencontrés affirment que les relations entre eux sont bonnes. Les jeunes des différentes ethnies se rencontrent  pour exécuter ensemble une même activité de développement communautaire. Il y a aussi le jeu de football qui les rassemble et renforce leur unité. Toutefois, les problèmes liés à la vie socio-économique ne manquent pas.

 

  • Théâtre narratif à Bugendana

Dans la zone Bugendana, 31 filles et 21 garçons ont participé au théâtre narratif.

 

Les problèmes qui hantent leur communauté sont :

  • Les vagabondages sexuels,
  • Les ligalas (groupements des jeunes dans certains lieux, passant la journée à ne rien faire)
  • La paresse,
  • L’ivresse,
  • Le vol dans des champs et dans des maisons,
  • La méfiance.

 

Le problème principal décrié par les jeunes ce sont les ligalas où les jeunes filles et garçons se rencontrent.

Les causesdes ligalas sont essentiellement : le manque d’emploi, l’exiguïté de l’espace cultivable, la pauvreté.

Certaines des conséquences des ligalas sont: le vol, la consommation des drogues, les vagabondages sexuelles, des grossesses prénuptiales, l’exode rural, les violences de toutes sortes, la pauvreté.

Les jeunes ont raconté beaucoup d’histoires sur le phénomène des ligalas. L’histoire suivante a été jouée au théâtre narratif :

 

Les jeunes de Bugendana jouent au théâtre narratif

 

En 2015, une fille de la colline Cishwa  fréquentait des ligalas. Ses parents lui prodiguaient des conseils mais celle-ci ne voulait pas les écouter. Elle était paresseuse. Au mois de février 2015, elle s’est rendue à Bujumbura pour chercher du travail domestique. Elle a eu comme travail d’être une bonne (garder un bébé). Mais comme elle était paresseuse, sa patronne ne lui a pas donné son salaire à la fin du mois. Elle a quitté son travail et a erré dans les rues de Bujumbura en mendiant son pain. Elle a fini par devenir une prostituée.

 

Au mois de juillet de la même année, elle est retournée à Cishwa  étant enceinte et atteinte du VIH/SIDA. Arrivée à la maison, ses parents n’étaient pas fiers d’elle car elle est restée paresseuse. Ils l’ont chassée mais elle a eu la chance d’avoir une famille qui l’héberge. Un mois, après avoir mis au monde, elle a rendu l’âme. L’enfant est actuellement sous la protection des sœurs qui détiennent un orphelinat à Mutoyi.

Après avoir joué cette histoire, les jeunes ont proposé les solutions suivantes pour déraciner les ligalas sur leurs collines :

  • L’amour du travail
  • Multiplier des projets de développement,
  • Organiser des activités auxquelles se rencontrent les jeunes,
  • Accepter des bons conseils.

 

  • Observations

Le théâtre narratif a éveillé chez les jeunes le sentiment d’être créatifs et multiplier les activités génératrices des revenus. Ils se sont engagés à se donner mutuellement des conseils pour ne pas entretenir des foyers de ligalas.

1.5. Commune Ruhororo (Mubanga)

Les jeunes de Mubanga  ont été  victimes de la guerre. Le virus de l’ethnisme a développé entre les hutus et les tutsis un mécanisme d’autodéfense contre d’éventuelles attaques de l’autre ethnie. La période électorale n’a pas réussi à rapprocher les jeunes de deux ethnies qui parfois se livrent à des violences verbales voire physiques. Toutefois, tous ces jeunes sont préoccupés par la pauvreté et le chômage qui parfois les exposent aux manipulations politiciennes. Cette situation délétère dont l’issue est inconnue préoccupe le Centre Ubuntu.

  • Théâtre narratif à Mubanga

Dans la zone Mubanga, 64 jeunes (42 filles et 22 garçons) ont participé au théâtre narratif.

 

Les problèmes qui hantent ces jeunes sont notamment :

  • Les grossesses prénuptiales
  • Les vagabondages sexuels
  • Les consommations des drogues
  • Les ligalas
  • Les vols
  • Les suspicions par rapport aux divergences ethniques

 

Le problème principal :Les suspicions par rapport aux divergences ethniques.

Les causesde ce problème sont essentiellement : le virus ethnique qui loge dans les cœurs des gens depuis longtemps, l’histoire du Burundi par rapport aux ethnies, le passé qui ne passe pas.

Les conséquencesde cette situation ce sont les violences physiques et verbales, les empoisonnements, les tueries, la pauvreté.

Les jeunes présents ont joué une histoire qui illustre ces suspicions liées aux divergences ethniques.

 

Les parents et les frères de la fille s’opposent à son mariage

En 2015, un jeune homme tutsi du site Mubanga et une jeune fille hutue des collines se sont aimés pour se marier. La fille aalors décidé de le dire à sa famille. Mais les parents et les frères de la fille s’opposèrent à ce mariage. Ils le menacèrent même de la chasser si elle se marie au garçon tutsi. La jeune fille passa outre les menaces familiales et se marie au jeune garçon.  Mais depuis, la fille ne peut plus retourner dans sa famille.

 

Certaines des solutions proposées comme remède à ce problème:

  • Enseignements basés sur les valeurs d’ubuntu
  • Créer des associations servant de lieux de rencontre et d’échanges
  • Sensibiliser les parents
  • S’entraider dans les activités quotidiennes

 

 

  • Observations

Pendant la préparation du théâtre narratif, les jeunes hutus et tutsis se sont accusés verbalement et activement. Les tensions étaient réelles. Mais après avoir joué au théâtre, les accusations ont cédé au regret et à la prise de conscience quant à la bonne cohabitation entre les ethnies différentes.

1.6. Commune Rohororo (zone Ruhororo)

Un climat de haine, de suspicions, la perte de certaines valeurs comme la confiance et la solidarité sont une réalité entre les jeunes tutsis et les jeunes hutus de la zone Ruhororo. Les querelles autour des élections de 2015 ont terré certains dans la peur. Les suspicions mutuelles ont pris une grave ampleur. Toutefois, on trouve chez tous ces jeunes un sentiment de désespoir pour l’avenir qui conduit à l’oisiveté et à la pauvreté.

  • Théâtre narratif à Ruhororo

Le nombre des jeunes qui ont participé au théâtre narratif dans la zone Ruhororo s’élève à 77 (31 filles et 46 garçons).

 

 

Les principaux problèmes qui hantent la communauté de Ruhororo sont:

  • La polygamie
  • L’oisiveté chez les jeunes (ligalas)
  • La suspicion basée sur les ethnies (les déplacés et les gens restés sur collines)
  • Le vol dans les boutiques et dans les champs
  • L’alcoolisme et les drogues
  • Les femmes qui passent la nuit dans des cabarets

 

Le principal problème : L’oisiveté chez les jeunes (ligalas)

Les causes de ce problème sont particulièrement : le manque d’encadrement des jeunes de la part des autorités administratives, la paresse chez les jeunes et le manque d’activités génératrices des revenus.

Les conséquences : Le vol, le vagabondage et les violences sexuelles, la consommation des drogues, la pauvreté dans les communautés.

Pour illustrer ce phénomène des ligalas, les jeunes ont joué dans le théâtre narratif l’histoire suivante :

Un jour, trois jeunes garçons étaient assis sur le ligala en train de jouer aux cartes.  Un voisin commerçant passa à côté d’eux.  Après son passage, ces jeunes se sont mis à planifier comment lui arracher tout son argent. Au retour, le commerçant a été tabassé et volé tout son argent.Comme le commerçant connaissait ces jeunes, il est allé porter plainte chez le conseiller collinaire. Le conseiller s’est chargé de mener des enquêtes pour attraper les voleurs. Mais ceux-ci avaient déjà fui vers les lieux inconnus. L’affaire a été classée sans suite.

 

Le commerçant a été tabassé et volé de tout son argent

 

Après avoir joué cette histoire, des solutions ont été proposées pour parier au problème des ligalas à Ruhororo :

  • Le travail en synergie entre les autorités locales, l’administration et la police
  • Cette synergie devrait travailler en trois étapes :
    • Conseiller ces jeunes qui sont sur les ligalas
    • Chercher des occupations pour eux
    • Punir les récalcitrants

 

  • Observations

Les jeunes étaient ouverts à jouer au théâtre narratif. Ils se sont même engagés à conseiller d’autres jeunes qui fréquentent les ligalas, tandis que le chef collinaire nous a promis d’aller contacter la police et l’administration pour mettre en pratique les solutions proposées.

 

  1. Commune Gatara

Les jeunes de Gatara qui furent membres des différents groupes armés sont aujourd’hui affiliés aux partis politiques. Ces jeunes portés par les idéologies de leurs partis respectifs s’affrontent de temps en temps. Toutefois l’Administration essaie d’atténuer les tensions qui peuvent surgir par des réunions et des conseils constructifs et par l’organisation des jeux sportifs.

  • Le théâtre narratif à Gatara

Le théâtre narratif joué à Gatara a connu 30 jeunes participants (14filles et 16 garçons).

 

Ces jeunes ont pu parler des problèmes vécus dans leur communauté :

  • La paresse,
  • Le vol dans des champs et dans des maisons,
  • Consommation des drogues,
  • Le vagabondage sexuel,
  • La suspicion basée sur les partis politiques,

Le problème principal identifié:la suspicion basée sur les partis politiques.

Les causesde cette suspicion sont : la cupidité et le suivisme.

Les conséquencessont : la détérioration de la situation sécuritaire, des violences physiques, le sous-développement.

Pour illustrer ce fléau de la suspicion basée sur les partis politiques les jeunes ont joué le théâtre narratif basé sur cette histoire :

Dans notre commune, il y a un club dont les membres sont des jeunes qui proviennent des différents partis politiques. En janvier 2016, lorsde l’exécution d’une activité communautaire (entretien d’une rue), un chef du parti au pouvoir est venu se joindre aux autres jeunes. Mais, pendant l’activité, ce chef a commencé à intimider le chef du FNL le força à adhérer à son parti. Suite à cette dispute, les membres de ce club n’ont pas pu terminer leur activité. Le chef du FNL a refusé carrément d’y adhérer et il a été exclu du club. Les membres du club n’ont pas apprécié le comportement du chef du parti au pouvoir. Ils ont eux-mêmes décidé de quitter le club.

Après avoir joué cette histoire, des solutions ont été proposées :

  • Donner aux jeunes des enseignements,
  • Se conseiller mutuellement,
  • Lutter contre l’injustice basée sur les partis politiques,
  • Partager le bonheur et le malheur,
  • Multiplier des associations qui luttent pour les droits de l’homme.

 

  • Observations

Le théâtre narratif a aidé les jeunes présents à comprendre le danger qu’engendrent les tensions entre les partis politiques. D’où ils sollicitent d’être formés pour ne pas tomber dans les mêmes pièges.

1.8. Commune Buhiga

Les relations entre les jeunes des différents partis politiques ne sont pas toujours au bon fixe. Parfois il y a des agressions verbales entre les jeunes du parti au pouvoir et les jeunes des partis qui n’ont pas participé aux élections de 2015. Toutefois, la plupart de tous ces jeunes est acculée par la situation de pauvreté et de manque d’emploi. D’où le problème des ligalaset sa kyrielle de conséquences.

  • Le théâtre narratif à Buhiga

Les jeunes qui ont participé au théâtre narratif étaient au nombre de 58 (3 filles et 55 garçons).

Les principaux problèmes vécus dans leur communauté sont:

  • Le vol
  • L’oisiveté chez les jeunes (ligalas)
  • L’alcoolisme et les drogues
  • La prostitution

 

 

 

 

 

Les jeunes désœuvrés

 

 

 

 

Parmi tous ces problèmes, le plus fréquent c’est l’oisiveté chez les jeunes (ligalas).

 

 

Les causesde ce problème sont principalement:le manque de métiers pour les jeunes, la paresse chez les jeunes et le traumatisme des jeunes qui ont perdu les leurs pendant la guerre.

Les conséquencesréelles sont : le vagabondage et les violences sexuelles,  la consommation des drogues, la pauvreté dans les communautés et le vol.

Pour mieux extérioriser le phénomène des ligalas à Buhiga, les jeunes ont joué l’histoire suivante :

Un jour, un jeune affamé a décidé de voler l’argent d’un boutiquier. Le jeune a pris l’argent qui se trouvait dans la caisse, derrière le boutiquier.Immédiatement, le boutiquier l’a suivi et attrapé.  Le jeune voleur a été battu, puis conduit au cachot et finalement il estdécédé.

 

Photo : Les jeunes de Buhiga jouant au théâtre narratif

Des solutions ont été proposées pour faire face au problème des ligalas : l’administration devrait s’intéresser à la vie des jeunes, en cherchant les métiers pour les jeunes sans emplois.

  • Observations

L’histoire jouée a soulevé certaines critiques chez les participants et ont proposé ce qui devrait être fait :

  • Le jeune devrait travailler, ou chercher de l’aide quand il a faim, au lieu de voler
  • Le boutiquier devrait penser à donner du travail aux jeunes sans emplois
  • Ceux qui ont attrapé le voleur n’avaient pas le droit de lui ôter sa vie.

1.9. Commune Giharo

Les relations entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents ont perdu de leurs tensions même pendant la période électorale. Toutefois, les problèmes fonciers sont une réalité à Giharo et les jeunes s’y trouvent mêlés. Il y a aussi le chômage qu’on observe dans le milieu juvénile quientraîne certaines antivaleurs comme la consommation des stupéfiants et des drogues et favorise l’oisiveté (tenue des ligalas).

 

  • Le théâtre narratif à Giharo

Soixante-treize jeunes dont 34 filles et 39 garçons ont participé au théâtre narratif dans la zone Giharo.

 

Ils ont énuméré les problèmes qui blessent les valeurs d’ubuntu dans leur communauté. Ils ont essentiellement cité :

  • L’oisiveté chez les jeunes (ligalas),
  • La prostitution,
  • La suspicion entre les rapatriés et les résidents,
  • La suspicion entre les jeunes et les adultes (autorités),
  • Les grossesses non désirées,
  • Le vol.

 

Le problème le plus fréquent c’est l’oisiveté chez les jeunes (ligalas).

Les causesde ce problème sont : les jeunes sont considérés comme les exclus de la société, la paresse chez les jeunes, la mauvaise habitude des rapatriés d’être nourris sans travailler.

Les conséquencessont : la prostitution, le vol, la consommation des drogues, les infections sexuellement transmissibles, la pauvreté, la suspicion et les tueries.

Pour illustrer le phénomène des ligalas à Giharo, une histoire a été racontée et jouée:

Deux jeunes aimaient jouer aux cartes près d’un cabaret.  Ils observaient régulièrement des gens qui consommaient  la bière et la viande et les enviaient.  Un jour, ils ont pris la décision d’aller voler un sac de riz chez leur voisin pour le vendre chez le propriétaire du cabaret.  Celui-ci a acheté le sac de riz à un prix dérisoire. Mais il a remarqué que le riz a été volé.  Il a appelé un voisin puis ont attrapé les deux jeunes en train de boire et manger de la brochette.Ils les ont battus.  Après être relâchés, un a fui vers la Tanzanie, l’autre s’est cachédans une maison. 

 

Photo : Les jeunes de Giharojouant au théâtre narratif

Des solutions ont été proposées pour éradiquer le problème des ligalas :

  • Le travail en synergie entre les autorités locales, l’administration et la police pour éradiquer ce problème de ligalas, qu’ils jugent de fléau.
  • Cette synergie devrait travailler en trois étapes :
    • Conseiller ces jeunes qui sont sur les ligalas,
    • Chercher des occupations pour eux,
    • Punir les récalcitrants.

 

  • Observations

Après avoir suivi le théâtre narratif, les participants ont émis les critiques suivantes:

  • Ces jeunes devraient aller chercher du travail au lieu de passer toute la journée sans rien faire.
  • Le propriétaire du cabaret  savait qu’il y a un ligala près de son cabaret; il devrait conseiller les jeunes ou leur chercher du travail.
  • Attraper et battre ces jeunes n’est pas une solution pour éradiquer le phénomène des ligalas. Il faut plutôt les encourager à se trouver du travail.
  • Les autorités locales devraient s’occuper du problème de ces jeunes.

1.10. Commune Nyanza-Lac (Nyabigina)

Les jeunes de Nyabiginaont été secoués par les violences survenues à cause du processus électoral de 2015. Certains ont fui leurs ménages vers la Tanzanie vendant leurs biens pour des sommes modiques. Parmi les jeunes qui nous intéressent, une quarantaine a suivi le mouvement des autres. Avec l’année 2016, plus de vingt parmi eux ont déjà regagné le pays et recherchent comment survivre.

  • Le théâtre narratif à Nyabigina

Les jeunes qui ont participé au théâtre narratif dans la zone Nyabigina étaient au nombre de 27 (12 filles et 15 garçons).

 

 

Leur village est hanté par les problèmes suivants :

  • Les mariages précoces.
  • La prostitution et les grossesses prénuptiales.
  • La paresse et les ligalas
  • S’entremêler  dans les conflits fonciers
  • Les femmes qui passent la nuit dans des cabarets

 

Le problème principal évoqué c’est : la paresse et lesligalas chez les jeunes.

Les causesde ce problème sont : l’amour du jeu du hasard chez les jeunes, la paresse, le manque des métiers, le manque de terres cultivables.

Les conséquences : les querelles entre les jeunes desligalas, le vagabondage sexuel, la consommation des drogues ?

L’histoire racontée et jouée :

Des jeunes garçons étaient en train de jouer aux jeux du hasard. L’un parmi eux a perdu le jeu. Son argent, son téléphone, tout ce qu’il possédait ont été saisis.  Déboussolé, il est allé chercher comment voler dans les poches des passants. Il a été attrapé, battu et conduit en prison.

 

Les jeunes jouant au jeu du hasard

 

Après avoir joué cette histoire, des solutions ont été proposées :

  • L’administration devrait se pencher sur le problème des ligalaset :
    • Encadrer ces jeunes désœuvrés,
    • Chercher des occupations pour eux,
    • Punir les récalcitrants.

 

 

  • Observations

Après avoir pris conscience des conséquences néfastes des ligalas, les participants ont trouvé qu’à travers l’histoire racontée et jouée, les jeunes devraient aller chercher du travail au lieu de passer toute la journée à jouer aux jeux du hasard. La population quant à elle ne  devrait pas punir une personne sans l’écouter et voir réellement son problème.

1.11. CommuneRumonge (Buzimba)

A Buzimba, il y a eu une sensible diminution de tensions qui existaient entre les jeunes rapatriés et les jeunes résidents. Les jeunes que nous encadrons apprécient ce changement positif mais regrettent que dans leur zone il y a encore des foyers des jeunes qui se regroupent dans desligalas où ils apprennent à voler, à consommer des stupéfiants et à se livrer dans des dépravations sexuelles.Et ils ont peur qu’avec la pauvreté ils ne soient pas soumis  à la manipulation et récupérés par les politiciens pour les utiliser dans la radicalisation des tensions socio-politiques.

  • Le théâtre narratif à Buzimba

Dans la zone Buzimba, 43 filles et 40 garçons ont participé au théâtre narratif.

 

 

 

Les problèmes évoqués vécus dans la zone sont :

  • Le vol
  • Les vagabondages sexuels et les grossesses prénuptiales.
  • La paresse et les ligalas
  • L’alcoolisme et les drogues
  • Les tueries
  • La suspicion entre les résidents et les rapatriés
  • Les abandons scolaires

Le problème principal c’est : les vagabondages sexuels.

Les causesde ce problème sont : la pauvreté, les cinémas pornographiques, le manque d’occupation chez les jeunes et les ligalas.

Les conséquences : les infections sexuellement transmissibles, les grossesses prénuptiales, les abandons scolaires, la haine entre les familles, les jeunes qui fuient leurs communautés, pêcher contre les commandements de Dieu.

L’histoire racontée et jouée:

Deux élèves de la 8ème année, un garçon et une fille, ont commencé à se fréquenter.Chaque soir ils étaient ensemble, ils rentraient très tard la nuit, et finalement la fille est tombée enceinte.  La fille est allée porter plainte chez les parents du garçon.  Le garçon a refusé la paternité de cet enfant. Le garçon, traumatisé par les parents, a fui vers la Tanzanie et la fille a abandonné l’école. Elle a mis au monde et garde seule l’enfant à la maison dans l’indigence totale.

Des solutions ont été proposées pour combattre le vagabondage sexuel:

  • Les parents doivent encadrer leurs enfants même au niveau de l’école.
  • Les autorités collinaires doivent empêcher les maisons où on tourne des films indécents.

 

  • Observations

Suite à l’histoire racontée, les participants ont émis des critiques suivantes:

  • Les élèves devraient étudier et oublier le copinage précoce
  • Les parents ne suivent pas assez la rentée tardive de leurs enfants à la maison

N.B. Les jeunes de Buzimba se sont engagés à conseiller les jeunes qui font le copinage étant sur le banc de l’école. Le chef collinaire quant à lui s’est engagé à éradiquer les maisons qui tournent les films indécents.

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