Vous m'avez rendu visite lorsque j'étais en prison

Le magazine «UBUNTU BURIHABWA» est devenu l'un des piliers de la viedes prisonniers de NGOZI, pour les hommes aussi bien que pour les femmes. De fait, par essence, la prison est le lieu de transformation et de changement de comportement. Mais dans beaucoup de prisons, il manque des mécanismes d'accompagnement des prisonniers. Ainsi, les prisons sont transformées en lieu de torture et de privation de liberté. Si donc rien n'est prévu, il est naturel qu'après l'expiration de la peine le prisonnier refasse les mêmes crimes. La transformation n'a jamais eu lieu.
Avec sa mission de reconstruire une société basée sur le respect des valeurs fondamentales humaines, le Centre Ubuntu a crû que même en prison, ces valeurs ne doivent pas disparaître. Depuis qu'il a commencé à travailler dans la maison de détention de la province de NGOZI, des clubs Ubuntu ont vu le jour avec mission d'aider les populations carcérales à demeurer avec leur dignité en tant qu'humain.

Les numéros de notre magazine « Ubuntu Burihabwa » ont proposé les travaux, les pensées et les souhaits des prisonniers. L'effet a été qu'il y a eu soulagement de leurs peines tandis que beaucoup d'entre eux ont commencé à prendre conscience du sens de la prison comme lieu de transformation. C'est dans cette même logique que le présent numéro veut aborder l’analyse. Nous croyons qu'il est important de démystifier la vie carcérale et la faire connaître au public étant donné que n’importe qui peut se retrouver prisonnier, avec bonnes raisons ou injustement.  

Que voit-on en prison? 

Les prisonniers n’ont aucune crainte à avouer ce qui se fait dans leur milieu et ce qu’ils font. Ils ont à cœur les délits qu’ils ont commis et les victimes de leurs actions. Ils ont aussi du répit pour ceux-là qui se retrouvent dans ce milieu injustement. Cela est encore plus important eu égard aux cerveaux des scientifiques, informaticiens, politiciens et patriotes qui sont là sans jamais contribuer au progrès de leur pays. Ils s’inquiètent que la justice échoue de rendre la justice pour emprisonner les criminels et libérer les innocents. Les Etats ne devraient pas investir en la construction de prisons ni dans la budgétisation des provisions des prisonniers. Un budget alloué à la prison est certes l'un des exemples des pertes inutilement encourues par le pays. Par ailleurs, il devrait être logique que si un prisonnier est trouvé innocent, celui qui l'a accusé paie doublement: dédommagement du prisonnier et remboursement des dépenses encourues par l'Etat à le nourrir.

L'autre constat qui suscite de la crainte c'est l'expansion du SIDA dans les prisons, et malheureusement dans les familles dont l'un des conjoints est en prison. D'autres maux qui jalonnent la vie en prison et dans les familles des prisonniers sont la pauvreté, l’ivrognerie et d’autres encore. Les prisonniers désespérés deviennent dangereux à mesure qu'ils perdent le moral. La consommation des  stupéfiants devient la solution commune à tous les prisonniers (le film « Les Evadés » est un cas important). La débauche jusqu'à l'homosexualité a une prévalence de plus en plus grandissante dans les prisons. Le silence est un autre moyen d'expression pour d'autres.

Les activités des groupes d’Ubuntu continuent     

Les comités d’Ubuntu dans les maisons de détention des hommes et des femmes continuent leurs activités. L'urgence est beaucoup plus sentie du côté des travaux d'alléger le niveau de pauvreté de certains détenus, lutter contre l’introduction des stupéfiants dans la prison, notamment le chanvre, l'ikibalube et d'autres produits industriellement emballées dans les sachets. Suite à cet engagement soutenu, les résultats positifs sont enregistrés tandis que les comportements des détenus se normalisent de plus en plus. Un membre de ce groupe nous rend ce témoignage:

Nous nous sommes efforcés d’éradiquer ces stupéfiants parce qu’ils étaient source de tristesse dans la prison. Concernant la pauvreté, le partage avec ceux qui sont démunis est encouragé en tant que partie des valeurs d'Ubuntu. La propreté est aussi le pilier de la bonne santé. Ici nous sommes trop nombreux et si la propreté n’estpas assurée par des volontaires comme nous, nous mourons tous.

La plus part des détenus ont changé de comportement

Le témoignage porte un message d'enseignement très fort même s'il est un peu en contradiction avec cet adage que «Mieux vaut être loué que se louer» dit-on. Mais il n'est pas aussi mauvais de témoigner pour le travail accompli. Les membres du groupe Ubuntu ont beaucoup contribué à changer la vie des prisonniers. Lesconsommateurs des stupéfiants ont diminué, les autres ont changé de comportement et se sont joints à notre groupe.

Ceux qui ne partageaient pas la même opinion avec nous en matière de propreté, aident maintenant les autres à faire la propreté de l’environnement carcéral.

Les femmes qui désespéraient maintenant participent à l'intégration des autres, surtout les nouvelles détenues. Une autre chose qui a diminué c’est le vagabondage sexuel.

L'action des groupes Ubuntu est appréciée par les autorités carcérales telles que le directeur de la prison de NGOZI et ses collaborateurs. La contribution de des groupes de prisonniers encadrés par les clubs Ubuntu aide à assurer la sécurité intérieure et les cas d’évasions ont diminué depuis que la collaboration entre les groupes et l'administration a été renforcée.

Les difficultés

Même si le groupe d’UBUNTU travaille au changement des mentalités, il y a des actes ignobles qui continuent à défier l'engagement du groupe. Il s'agit des évasions et de l’homosexualité. Le constat général est qu'il y a encore des femmes qui tombent enceintes.

Si nous demandons aux responsables de ces prisons, le pourquoi de ces problèmes et les solutions qu’on préconise, la réponse n'est pas directe. Pour les autorités, c'est seulement à travers la collaboration avec les groupes Ubuntu que réside la réponse. Lorsque le plan d'évasion est connu d'avance, il est possible de l'éviter. Quant aux femmes enceintes, le tord tombe sur les policiers qui assurent la sécurité de la prison. Ils donnent des autorisations de sortie tandis que d’autres sont auteurs de ces actes. Le groupe UBUNTU n'a pas la force de changer les policiers si ce n'est que sa capacité d'encourager les femmes à prendre leurs responsabilités dans ces actes.

Recommandations

La vie en prison et dans l'environnement de la prison est très importante. Les membres du groupe Ubuntu ont le vœu de porter leur voix plus haut. Ce qu'ils demandent c’est «votre soutien afin que notre engagement porte plus loin. Nous ne pouvons pas être partout. Mais partout il y a des gens de bonne volonté qui peuvent faire ce que nous faisons ici. Nous voulons d'autres groupes Ubuntu dans d'autres prisons».

«Nous avons l'espoir de sortir de cette prison totalement transformés. Nous voulons qu'à la sortie de ce lieu, nous soyons plutôt un modèle et non un objet de peur. Nous voulons que la prison soit le lieu d'apprentissage d’un mieux-vivre plutôt que lieu de torture. Néanmoins, il nous manque les moyens de nous mettre en contact. De plus, le nombre de copies du livret «Ubuntu burihabwa» devrait être augmenté pour qu'un grand nombre de prisonniers en bénéficie. Nous demandons que des enseignements similaires soient organisés comme cela se fait dans d’autres prisons. Cela peut aider les prisonniers à retourner dans leurs familles transformés». Le cri est lancé au Centre Ubuntu et la portée de cette activité dépendra de la suite réservée à cet appel.

De plus, ces enseignements feraient un grand service s'ils étaient conservés sur des supports audio capables de servir aux autres et même échanger entre les prisons.

Pour ce qui est de la dégradation de l'environnement, les membres du groupe Ubuntu demandent ce qui suit: Même en prison, nous sommes au courant de la dégradation inquiétante de l'environnement. Un jour nous avons confiance que nous serons libres. Mais là où nous irons, dans la vie libre en société, la vie est en danger. Le Burundi que nous avons connu risque de n'être plus attrayant aux touristes.

Enfin, notre souhait est que la justice fasse son travail sans haine ni passion envers les déviants négatifs. La correction selon la loi ne saurait jamais être mise en cause. En dernier ressort, les prisonniers ont besoin d’un poste téléviseur afin de suivre et voir ce qui se passe ailleurs et aussi se relaxer.

Conclusion

On éprouve des remords chaque fois qu'on est en présence de la vie des prisonniers. Quand vous échangez, le cœur commence à s’apaiser. C’est pourquoi ces enseignements sont nécessaires pour l’éducation des prisonniers. Une personne en prison reste une personne avec des droits et des devoirs, même s'ils sont restreints. Les droits fondamentaux devraient garder leur caractère et être preservés avec force. Laisser les prisonniers aux seuls soins des responsables des prisons risque de porter un coup dur à leur vie futur. La société risque de n'accueillir que des bêtes sauvages car, dans ce milieu de prison, toutes les conditions sont remplies pour que seule la loi de la jungle fonctionne et l'instinct faire son œuvre.

C’est très regrettable qu’il n'y ait pas d'organisations qui œuvrent à l’intérieur des prisons pour assister les prisonniers. Le Centre Ubuntu trouve que cette activité est dans ses engagements de reconstruire une société basée sur les coutumes et mœurs. Il est possible de s'organiser et travailler avec d'autres organisations qui travaillent au respect de la vie telles que la Maison Shalom, engagée à aider les enfants emprisonnés avec leurs parents, le CICR et les églises.

 

Pour le groupe ubuntu
NTAKIRUTIMANA Arthémon et 
NTAHONSHIKIYE Placide   

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